Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 11:53

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Aller-retour express à Saint-Malo ce week-end pour assister à la remise du Grand Prix de l’Imaginaire et recevoir celui de Lisa Tuttle pour son recueil Ainsi naissent les fantômes, dans la catégorie « nouvelle étrangère ». Chez Dystopia, c’est la fête. Parce qu’on tient énormément à ce petit livre, parce qu’on y a tous travaillé avec beaucoup d’enthousiasme, parce que ça nous fait vraiment plaisir de le voir mener son petit bonhomme de chemin et trouver un écho chez ses lecteurs. Et parce que les choses sont allées un peu plus loin qu’on ne l’espérait lorsqu’ils m’ont proposé il y a trois ans de diriger/sélectionner/traduire un recueil d’un auteur de mon choix, et que j’ai désigné Lisa dont les textes m’avaient tellement marquée à l’adolescence.

 

Pour fêter l’occasion, l’indispendable librairie Charybde nous prête ses murs, son espace et son frigo ce mardi 29 mai. Vous êtes donc tous conviés à partir de 18h30 au 129 rue de Charenton, 75012. Il y aura à boire, à grignoter, et j’apporterai peut-être des choses qui se mangent si je trouve un moment pour me mettre aux fourneaux.

Pour ceux qui n’ont pu assister à la remise des prix, ActuSF l’a entièrement filmée, merci à eux.

 

 


 

 

D’autres nouvelles numérico-éditoriales en passant. L’excellent recueil de Léo Henry, Les cahiers du labyrinthe, paru en 2003 chez l’Oxymore, vient d’être réédité chez Dystopia, avec la préface que j’avais rédigée à l’époque. Plus d’infos sur leur site. Et ma nouvelle « Miroir de porcelaine », qui était au sommaire de l’anthologie 69 chez ActuSF, est désormais en vente au format numérique sur leur site avec d'autres textes de l’antho.

 

Prochaines aventures : les Imaginales d’Epinal où je serai de passage en fin de semaine. L’anthologie Reines et dragons, où figure ma nouvelle « Les Sœurs de la Tarasque » que je suis ravie de voir enfin paraître, y sera disponible.

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Livres
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 16:32

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Dans l’entrée précédente consacrée au projet musical « Playing Carver », j’écrivais qu’une bonne partie de la semaine tournerait autour de ce projet. Je ne savais pas encore qu’au stade de la deuxième séance, où le groupe avait autorisé le Cargo à venir filmer deux morceaux, j’allais me retrouver un peu par hasard à assister à toute une après-midi de répétitions. Il m’est déjà arrivé de voir quelques balances, mais jamais les répétitions elles-mêmes. Je garde (et garderai sans doute toujours) un vieux fond de fascination adolescente pour les coulisses de la musique et les gens qui la font ; voir un spectacle se mettre en place sous mes yeux, en même temps que je découvrais les morceaux, a été une expérience fascinante.

 

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Une fois les deux vidéos tournées, je reste attendre le bon moment pour prendre les photos posées qu’ils ont accepté de m’accorder. Le groupe se concerte pour décider de l’ordre des morceaux, le premier filage est beau mais un peu longuet, quelque chose ne fonctionne pas tout à fait dans l’enchaînement, le souffle retombe entre un début intense et un final impressionnant. Après une pause et la séance photo, nouvelle discussion pour modifier l’ordre, et cette fois, petit miracle : le deuxième filage est plus nerveux, plus fort, et je vois d’un coup se dessiner ce que sera le spectacle du lendemain. J’ai trouvé intéressant de voir naître l'alchimie entre les membres de ce collectif hétéroclite, avec ce que chacun apportait de sa patte personnelle. Et de voir se côtoyer sur une même scène des musiciens que j’ai déjà beaucoup vus jouer (John Parish et Marta Collica), et d’autres beaucoup moins (Atlas Crocodile) ou encore jamais (Gaspard LaNuit).

 

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Parmi les deux vidéos filmées par Renaud pour le Cargo, j’aime tout particulièrement celle-ci. Parce que le morceau, écrit par Csaba Palotaï d’Atlas Crocodile, est magnifique. Parce que les conditions particulières (espace restreint, peu de lumière, une seule caméra pour sept musiciens) ont débouché sur une manière de filmer que je trouve très créative et très belle : voir la façon dont les musiciens sont dévoilés un par un, parfois de loin, sur un rythme qui épouse celui du morceau.

 

 


 

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L’effet de surprise n’était plus le même pour moi le lendemain. C’était un peu étrange de faire partie des seules personnes à connaître en partie le spectacle. Mais il y avait une tension, au moment de les voir monter sur scène et de se dire : voilà, ils ont répété toute la semaine, c’est vers ça que tendait le projet, le moment est venu. Le résultat était beau, le public emballé, ce fut une belle soirée. D’une manière un peu absurde, je me suis sentie fière d’eux, de ces musiciens que je connais bien pour certains mais très peu pour d’autres, et que j’ai eu l’occasion d’accompagner un peu. J’ignore ce que deviendra le projet et si ces morceaux seront enregistrés. Mais la question leur a souvent été posée hier, et j’espère qu’elle portera ses fruits d’une manière ou d’une autre. Ce serait dommage de laisser ce perdre ces chansons et de ne garder aucune trace du projet. En attendant, il me reste beaucoup de photos à trier dont j’ignore encore que faire. Peut-être créer pour commencer un album Flickr avec une sélection des photos à différentes étapes (photos posées, répétitions, concert). J’ai envie d’en faire quelque chose, reste à savoir quoi.

 

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, le Cargo leur a donc consacré toute la semaine une sorte de mini-dossier : interview vidéo, deux morceaux filmés, trois séries de photos (portraits, répétitions, live) et un compte-rendu du concert. C’est la première fois que j’ai l’occasion de suivre un projet musical d’aussi près, et je suis ravie que ça ait été pour celui-là.

 

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Par Mélanie Fazi - Publié dans : Musique
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 11:26

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J’espère que ceux qui me suivent sur Facebook me pardonneront ce doublon, car j’y ai déjà pas mal abordé le sujet, mais je tenais à donner un coup de projecteur sur un projet musical auquel je m’intéresse de près depuis que j’en ai entendu parler il y a quelques mois. Parce qu’il est intrigant sur le papier : un concert tournant entièrement autour de l’œuvre de Raymond Carver, entre mise en musique de ses textes et chansons inspirées par son univers et son écriture. Et parce que ledit projet, baptisé « Playing Carver », implique des gens que j’aime beaucoup. L’inimitable John Parish, musicien et producteur dont je suis de très près la carrière depuis une quinzaine d’années – depuis le magnifique Dance hall at louse point co-écrit avec PJ Harvey en 1996. Marta Collica, découverte sur scène à ses côtés il y a quelques années et dont je suis également la carrière solo. Et puis leurs amis d’Atlas Crocodile et Gaspard LaNuit, dont j’ai croisé la route plus récemment par le biais de Marta. Un collectif cosmopolite, inventif et attachant pour un projet que j’ai hâte de découvrir enfin sur scène. Il n’est prévu pour l’instant de jouer ces chansons que deux fois : ce vendredi soir à la Dynamo de Pantin, puis samedi au festival « La Marmite », près du Mans.

 

 

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En attendant le concert lui-même, et puisque John et Marta sont en résidence à Pantin le temps de cette semaine de répétitions, c’était l’occasion de leur ouvrir les pages du Cargo. D’abord avec une  interview vidéo qu’ils nous ont accordée lundi pour expliquer le projet. Puis une  séance photo qui s’est déroulée dans la bonne humeur et les fous rires. Et puis d’autres choses encore à venir. Le côté éphémère du projet nous donnait d’autant plus envie d’en garder une trace. Beaucoup de choses, de ce fait, tournent pour moi autour de « Playing Carver » cette semaine. Une de ces occasions où je suis ravie de pouvoir profiter de l’outil Cargo pour soutenir et accompagner les projets d’artistes que j’admire. Qui sont aussi, humainement, des gens que j’apprécie énormément.

 

 

 

 

 

Autre coup de projecteur sur un coup de cœur récent dont je n’avais pas encore parlé ici : l’album que j’ai le plus écouté ces dernières semaines s’appelle La Fabrique, il est signé par Maud Lübeck et rassemble une douzaine de chansons moins innocentes qu’il n’y paraît au premier abord. La voix est jolie, les mélodies sont douces, mais les textes cachent parfois d’improbables doubles sens. J’ai consacré une  chronique à La Fabrique sur le Cargo, et Maud a accepté de nous offrir une longue  interview ainsi qu’une  session (que je conseille de regarder en entier sur le site : deux chansons, deux décors, deux ambiances radicalement opposées). Ainsi qu'une  séance photo dans la foulée de la session. La Fabrique est un album que je n’attendais pas, qui ressemble assez peu à ce que j'écoute en règle générale, et qui a été une jolie rencontre.

 

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Par Mélanie Fazi - Publié dans : Musique
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 19:58

 


 

 

Avant toute chose, pour ceux qui prendraient la saga en cours de route, j’ai déjà détaillé ici en quatre parties distinctes ma rencontre/coup de foudre pour la série des jeux Silent Hill qui sont, tout simplement, l’une des œuvres fantastiques les plus riches et les plus impressionnantes que j’ai découvertes ces dernières années. Pour ceux qui le souhaiteraient, se reporter donc aux billets consacrés à Silent Hill, Silent Hill 2 (attention chef-d’œuvre), Silent Hill 3 et Silent Hill : The Room.

 

Pour avoir souvent entendu dire que le dernier bon jeu de la série était The Room et que les trois suivants tombaient de plus en plus bas, j’attendais ce Downpour, huitième jeu de la série, avec une appréhension mêlée d’un soupçon d’espoir. D’autant que les premiers comptes-rendus étaient plutôt élogieux. À ma grande surprise, j’ai presque retrouvé le même plaisir de jeu qu’avec les trois premiers. Nettement plus en tout cas qu’avec The Room qui était certes plus original, mais plombé par des longueurs pénibles et un gameplay assez peu pratique.

 

 

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On incarne cette fois Murphy Pendleton, repris de justice qui réchappe d’un accident de car lors d’un transfert vers une nouvelle prison. Il se retrouve aux abords d’une ville déserte, noyée dans la brume et peuplée de monstres qui se déchaînent lorsque l’orage éclate – vous aurez bien entendu reconnu la riante bourgade de Silent Hill. Laquelle incarne, une fois de plus, une sorte de purgatoire où échouent des âmes perdues qui en ont lourd sur la conscience et refusent de regarder leur passé en face. Murphy, d’emblée, nous est plutôt présenté comme un brave type. Or, la première scène du jeu le montre en train de tuer un autre détenu à coups de couteau dans les douches de la prison avec la complicité d’un surveillant. On devine très tôt qu’il s’agit d’un personnage que des circonstances dramatiques et complexes auront poussé sur la voie du crime, et il faudra tout le déroulement du jeu pour découvrir de quelle manière. En ce sens, le scénario de Downpour rappelle beaucoup celui de Silent Hill 2 : les deux jeux sont des variations sur le remords, la culpabilité et un passé lourd à assumer, même si la faute de Murphy est très différente de celle de James Sunderland.

 

En cherchant vraiment la petite bête, on pourrait reprocher à Downpour de lorgner un peu trop vers ses glorieux aînés. Notamment, donc, au niveau du scénario. Mais de mon point de vue, c’est justement une grande partie du plaisir, d’autant qu’on a beaucoup reproché aux jeux précédents d’avoir trahi l’esprit initial de la série. Dans Downpour, l’esprit est là, sans doute possible. On retrouve cette ambiance lourde et moite, ces personnages torturés, cette attention aux moindres détails, cette symbolique fantastique dont la richesse impressionne et dont l’esthétique prend aux tripes. La ville, comme toujours, est le reflet de l’espace mental d’un personnage. Ici, elle développe d’innombrables variations autour du thème de l’eau, dont on devine très vite qu’elle représente pour Murphy l’écho d’un drame passé. Ce qui donne lieu à un certain nombre de scènes qui sont autant de fulgurances poétiques (pour peu qu’on accepte de trouver une certaine poésie dans une esthétique horrifique à la Clive Barker). Voir ces scènes magnifiques de la dernière partie du jeu où Murphy se déplace dans des pièces inondées où les reflets ont leur propre logique, et qu’il peut retourner dans un sens ou dans l’autre en actionnant des vannes.

 

 

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De manière générale, un soin particulier a été apporté à l’esthétique de « l’autre monde », cette version parallèle et infernale de Silent Hill dans laquelle basculent régulièrement les personnages des jeux, et qui possède dans chacun une esthétique différente. Dans le premier jeu, des surfaces métalliques rouillées. Dans le troisième, des murs animés de palpitations quasi organiques. Ici, l’autre monde est un amalgame d’influences allant de Bosch aux illusions d’Escher et qui provoque un authentique malaise, une impression de profonde anomalie. On passe assez peu de temps dans cet autre monde (à peine une heure et demie pour moi sur treize heures de jeu) mais ce sont des séquences impressionnantes. Parfois un peu trop orientées action à mon goût : on s’y fait pourchasser par une lumière rouge dans d’interminables couloirs qui se transforment sous nos yeux. Mais il faut reconnaître que ces séquences sont mémorables par leur ambiance, et réellement déconcertantes lorsqu’on les découvre au début du jeu. À l’instar de cet escalier infini où j’ai couru un bon quart d’heure avant de comprendre qu’il suffisait de rebrousser chemin et de rouvrir la porte qu’on venait de franchir pour découvrir un nouveau décor.

 

Pour le reste, l’exploration de la ville elle-même est plus classique au premier abord. Un peu longuette dans sa première heure, mais c’est le cas de tous les jeux de la série. Une nouveauté propre à Downpour consiste à permettre une exploration plus libre de la ville, là où les premiers jeux étaient très dirigistes. Ce qui me semble une bonne idée dans l’absolu, moins dans la pratique : on se perd si facilement dans les rues brumeuses de Silent Hill, et on stresse tellement les trois quarts du temps, que j’ai tendance à foncer le plus vite possible là où me mène le scénario. Cela dit, il y a de fort belles choses dans les quêtes secondaires que j’ai pu voir. Notamment celle qui se déroule dans un vieux cinéma où il faut diffuser plusieurs bobines et entrer littéralement à l’intérieur des films pour y accomplir certaines actions. Pour la petite histoire, aux rues historiques baptisées d’après des écrivains d’horreur vient désormais s’ajouter un "Brite Street" qui m’a fait sourire – sans parler du pénitencier Overlook et du quartier de Chastain Heights qui fleurent bon les clins d’œil à Stephen King.

 

 

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Silent Hill : Downpour me laisse le sentiment d’un jeu un peu hybride qui cherche un équilibre entre le respect des classiques d’origine (les innombrables heures passées à explorer des bâtiments déserts et à résoudre des énigmes, mon aspect préféré du jeu) et des innovations plus ou moins réussies (les incursions dans l’autre monde, les quêtes secondaires, la lampe torche UV qui permet de découvrir des indices). Et qui multiplie par moments les références à ses aînés, comme ce juke-box qui diffuse le thème à la mandoline du premier jeu lorsqu’on y introduit une pièce. De ce fait, Downpour n’est jamais répétitif et se montre même souvent remarquablement inventif. Et si la partie « normale » de la ville est sensiblement plus calme que dans les jeux précédents, il y a un vrai frisson à voir le décor se dissoudre sous nos yeux et à anticiper le basculement tant redouté dans l’autre monde. Le jeu, en tout cas, respecte pleinement l’esprit de la série dans son approche symbolique du fantastique – même si j’ai quelques doutes sur certains motifs récurrents qui ne me semblent pas justifiés à contrario par le déroulement de l’histoire. On y retrouve cette sensation particulière qu’offraient les premiers jeux, entre profond malaise et vrais moments d’émerveillement. Il y a dans les rues de Silent Hill une forme de poésie morbide que je crois bien n’avoir jamais croisée ailleurs. Et tout esprit critique mis à part, j’ai pris ici un plaisir de jeu quasiment équivalent à celui que m’avaient procuré les trois premiers. Pour une série dont je croyais ne plus rien devoir attendre, c’est déjà énorme.

 

Par Mélanie Fazi
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 12:15

Voilà déjà quelques années que je suis en contact avec le compositeur Jérôme Marie, qui travaille à une adaptation de ma nouvelle "Serpentine" destinée à être jouée en public, peut-être courant 2012. Au fil des échanges, j'ai entendu par bribes la quasi totalité de la pièce. C'est beau, atmosphérique à souhait, et ça colle remarquablement bien à l'ambiance de la nouvelle telle que je l'imagine. Jérôme Marie a récemment publié sur son blog cette vidéo du premier mouvement, pour vous en donner un aperçu.

 

 

 

 

Sinon, cette première semaine de reprise en résumé : Aurillac, ses profs et lycéens ont l'accueil chaleureux, Elliot du Néant de David Calvo est un roman touchant, foisonnant et indescriptible (dédicace ce samedi chez Scylla, venez nombreux), Alejandro Amenabar est grand (grosse claque en découvrant sur le tard Ouvre les yeux et surtout l'épatant Tesis), Silent Hill: Downpour est étonnamment bon, horrifique et poétique à souhait (compte-rendu quand je l'aurai terminé), et la difficulté de retoucher un texte une fois qu'on en a figé le déroulement par l'écriture ne cessera jamais de m'étonner, mais ceci est littéralement une autre histoire.

Par Mélanie Fazi
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 18:22

 

 

 

Sur le papier, Alan Wake était fait pour moi : un jeu fantastique très inspiré par Stephen King, tournant autour du thème de l’écriture, et qui fait référence aussi bien à L’Antre de la folie qu’à Twin Peaks. Je lorgnais déjà dessus lorsque j’ai dû choisir entre xBox et PS3, et j’ai sauté sur l’occasion quand le jeu est ressorti tout récemment sur PC. De quoi poursuivre mon exploration du domaine des jeux-à-faire-peur.

 

Le problème, en l’occurrence, c’est que j’ai été déformée par la pratique des Silent Hill, qui rend terriblement exigeant en matière d’ambiance, de personnages, de scénario et d’approche du fantastique. De ce point de vue, Alan Wake m’a un peu déçue. Le jeu commence assez fort, avec une belle ambiance à la Twin Peaks dans la découverte de la ville où Alan Wake, écrivain d’horreur en panne d’inspiration, vient passer ses vacances avec sa femme Alice. Laquelle disparaît dans d’étranges circonstances. Alan perd les souvenirs de toute cette semaine-là, la police refuse de le croire, et il découvre des pages d’un manuscrit qu’il ne se rappelle pas avoir écrit, mais qui détaille les événements qu’il est en train de vivre. Il se retrouve alors traqué par une « ombre noire » qui vit dans les ténèbres et cherche à l’empêcher de retrouver Alice.

 

Le système de combat adopté est assez original. Il reprend les codes des jeux de survival horror, mais en y ajoutant une dimension inédite à travers un jeu sur l’ombre et la lumière. Les possédés que l’ombre envoie tuer Alan ne peuvent exister que dans le noir, et ne peuvent être détruits que lorsqu’on a affaiblit leurs défenses en braquant une torche sur eux. J’ai trouvé les combats assez envahissants au fil du jeu, sans doute parce que je préfère la dimension aventure à l’action, mais la mécanique m’a semblé très astucieuse. Il y a quelques beaux combats épiques : contre une tornade, une nuée d’oiseaux tout droit sortie de chez Hitchcock, ou contre une armée de possédés sur une scène de concert rock bâtie dans un champ isolé par deux frères qui se prennent par des dieux nordiques. Mais les combats plus ordinaires qui constituent l’essentiel du jeu m’ont semblé ne servir qu’à rallonger artificiellement la durée du jeu en empêchant le scénario d’avancer.

 

 

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Sur le scénario lui-même, je suis partagée. Il est plutôt bon dans l’ensemble, et donne lieu à quelques très belles scènes. Mais je l’ai quand même trouvé assez basique, presque hollywoodien par moments. Les personnages ont très peu d’épaisseur. Les pages du manuscrit que ramasse Alan ne sont finalement qu’un gimmick qui ne débouche sur rien – d’autant qu’elles sont très mal écrites, ce qui est dommage pour un personnage inspiré par Stephen King. J’ai eu l’impression de voir un de ces romans écrits « à la King » par des auteurs moins doués qui croient pouvoir faire l’économie de toute la dimension humaine et psychologique de ses écrits. Tout ce qui touche à l’écriture dans Alan Wake est finalement assez bateau, et j’en suis la première frustrée. Il y a une scène vraiment belle et inventive qui joue sur ce thème, et où il faut faire réapparaître des objets figurés par des mots tapés à la machine, mais elle n’arrive que vers la fin. On croise toutefois dans les derniers épisodes un personnage vraiment savoureux, inspiré par la « femme à la bûche » de Twin Peaks, qui réintroduit un grain de folie bienvenu dans le jeu.

 

Je crois que ce que j’ai préféré, en fin de compte, est tout ce jeu sur les ombres et les lumières, avec de jolies variations. Une fois qu’on a intégré les règles, on se retrouve désemparé chaque fois qu’elles sont brisées : lorsqu’une course-poursuite avec la police les inverse (la lumière des hélicoptères représente alors le danger, et l’ombre la sécurité), où lorsqu’on se retrouve à courir plusieurs minutes à l’abri de la lumière du jour en se doutant bien que ça ne va pas durer. Si le jeu avait été plus condensé, il aurait pu être d’une belle densité, et les scènes les plus réussies y auraient gagné en impact. En l’état, j’ai eu l’impression de voir un jeu étiré sur une longueur artificielle par rapport à ce qu’il a réellement à offrir. Je le conseillerais tout de même aux amateurs de jeux fantastiques, tout en précisant que je ne suis sans doute pas une joueuse représentative : je suis beaucoup plus intéressée par le scénario et l’ambiance que par le challenge. Sans doute les joueurs plus amateurs de défis (et moins exigeants sur le fantastique et le thème de l’écriture) seront-ils d'un autre avis.

Par Mélanie Fazi
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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 13:36

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En attendant la nouvelle saison de Game of Thrones et parce que Lost m’avait, si j’ose dire, perdue une nouvelle fois en cours de route vers la fin de la saison 5, il fallait bien se mettre autre chose sous la dent. Une série datant d’il y a déjà quelques années et qu’on m’avait souvent conseillée s’est alors rappelée à mon bon souvenir. Sur le papier, l’histoire d’une adolescente dont le père est détective privé et qui mène des enquêtes dans son lycée n’est pas forcément très engageante, mais la série est beaucoup plus intelligente et habile qu’elle n’en a l’air au premier abord. Par beaucoup d’aspects, elle m’a rappelé Buffy, sans atteindre toutefois la richesse de la série de Joss Whedon. L’aspect physique et la voix de l’héroïne y sont peut-être pour beaucoup.

 

Passé les premiers épisodes où on se perd un peu dans les différents protagonistes, la série dévoile progressivement son jeu. Les personnages, justement, sont presque tous très réussis. Il y a une belle galerie de personnages secondaires, parfois assez ambigus. Keith Mars, le père de Veronica, qui se débrouille comme il peut avec sa fille adolescente depuis le départ de sa femme ; Weevil, délinquant latino plein de ressources ; Aaron Echolls, star du cinéma égocentrique et insupportable ; la richissime famille Kane dont l’histoire est étroitement liée à celle de la famille Mars ; ou encore Mac, petite génie de l’informatique, personnage très secondaire même si un très bel épisode lui est consacré, incarnée par Tina Majorino que certains se rappelleront peut-être comme enfant actrice dans les années 90.

 

Deux personnages m’ont semblé un peu moins réussis, et c’est mon seul reproche à l’encontre de cette saison 1. Veronica elle-même est un personnage parfois bancal. Parce que le côté « héroïne volontaire qui agit au lieu de broyer du noir » est un peu forcé, ce qui empêche d’éprouver la moindre empathie pour elle. Or, dans les derniers épisodes de la saison qui reviennent sur une mésaventure assez glauque qu’elle a subie, il aurait justement fallu qu’on en éprouve. Par ailleurs, j’ai du mal à la voir comme la paria qu’on nous décrit, détestée par les trois quarts des lycéens et qui redoute chaque jour de se rendre au lycée : à part quelques épisodes où elle s’en prend effectivement plein la figure, on nous montre en fait une gamine bien dans sa peau et beaucoup mieux intégrée que la plupart des ados auxquels elle vient en aide. L’autre personnage qui me gêne, c’est Lilly Kane, sa meilleure amie, qui a été assassinée lorsque débute la série. C’est d’ailleurs autour d’elle que tourne l’intrigue principale de la saison 1. La famille Mars comme la famille Kane ont été détruites par le drame. Keith Mars, persuadé qu’on a arrêté le mauvais homme, a vu sa carrière détruite ; sa femme est partie peu de temps après, et Veronica elle-même est tombée en disgrâce au lycée. Lilly apparaît dans de nombreux flash-backs au cours desquels on veut nous faire sentir un lien très fort l’unissant à Veronica. Or, on nous montre surtout une ado un peu vulgaire qui n’est pas très différente de toutes les petites garces du lycée que Veronica déteste. C’est pour moi le défaut principal de la saison 1.

 

En revanche, l’intrigue tournant autour du meurtre de Lilly est particulièrement habile et réussie, jusqu’à un dénouement qui m’a fait bondir plusieurs fois. Je suis toujours admirative devant les œuvres de fiction qui réussissent à faire passer pour des digressions des éléments qui se révèleront plus tard essentiels à l’intrigue. C’est souvent le cas ici, et ça fonctionne à la perfection. Sans compter que la résolution elle-même est réellement surprenante et satisfaisante.

 

J’ai beaucoup apprécié également l’aspect social développé en filigrane. L’histoire se déroule à Neptune, en Californie, où vivent des familles richissimes. Beaucoup d’épisodes tournent autour de la notion de lutte des classes : il y a d’un côté les vieilles familles de Neptune, qui s’accrochent à leurs privilèges établis jusque dans le fonctionnement du lycée, et de l’autre des familles beaucoup plus modestes qui survivent comme elles le peuvent dans ce système et qui cherchent parfois à prendre leur revanche. C’est le moteur d’un certain nombre d’affaires sur lesquelles enquête Veronica. Il y a quelque chose de très américain, d’ailleurs, dans la façon dont la série présente le lycée comme une micro-société impitoyable régie par des rites immuables et qui devient le théâtre de rivalités cruelles.

 

La saison 1 se dévore en un clin d’œil, et on garde en tête toute la journée la chanson des Dandy Warhols qui lui sert de générique.

 

 

 


 
Par Mélanie Fazi - Publié dans : Séries
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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 23:26

 

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D’autres souvenirs en vrac ?

 

Des balades en vaporetto qui me conduisaient parfois dans des lieux inattendus, volontairement ou non : l’île de Punta Sabbioni par accident au retour de Burano, ou une rue du Lido un peu sinistre à la nuit tombée, dont je me suis empressée de m’enfuir après avoir mangé dans un bar qui diffusait un match de foot et où je me sentais remarquablement peu à ma place.

 

Une osteria de Santa Croce à la carte originale, en grande partie végétarienne, où je me suis régalée d’un sublime flan épicé à la citrouille et à la ricotta affinée, puis d’une non moins sublime mousse de limoncello aux fraises.

 

Les chansons qui me traversaient la tête sans prévenir, The Dreaming de Kate Bush qui est la bande-son parfaite d’une balade nocturne dans les ruelles, ou The Slow Drug de PJ Harvey en contemplant de nuit la route de Mestre depuis les quais de Cannaregio.

 

Le fou rire piqué en entendant un accordéoniste de Burano jouer Funiculi, funicula qui me rappelait une chanson du carnaval dunkerquois.

 

 

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Le calme incroyable du quai de Sant’Elena, près des jardins de la Biennale, qui offre une vue splendide sur la place Saint-Marc depuis une étendue d’herbe et de bancs.

 

Quelques conversations en italien avec un réceptionniste ou une commerçante, juste assez longtemps pour m’étonner que les réflexes reviennent malgré le manque de pratique.

 

Et puis des quais, des ruelles, des glaces, des chocolats Baci Perugina liés à mes souvenirs d’enfance, des photos par centaines pour tenter de capturer une Venise qui ne soit pas une simple carte postale. Et qui est désormais la première ville italienne que j’aurai vue par mes yeux d’adulte.


 

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Par Mélanie Fazi - Publié dans : Photos
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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 23:07

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Une des choses que j’apprécie le plus en voyage, ce n’est pas tant de visiter les lieux touristiques que de prendre ses habitudes dans une ville étrangère. Pendant ces cinq jours, j’avais mon quartier (Cannaregio), mon arrêt de vaporetto (Ferrovia), ma rue commerçante un peu plus loin (Strada Nova), mon quai où j’ai découvert trop tard un café où lire au bord de l’eau. Au bout de ce canal, un quai donnant sur la lagune et sur la route qui mène de Mestre à Venise, éclairée en pleine nuit. L’arrivée par cette route m’a furieusement rappelé le pont qui traverse le lac Pontchartrain à l’entrée de La Nouvelle-Orléans. Entre deux villes colorées bâties au bord de l’eau, la ressemblance est forte.

 

J’avais aussi mes commerces, notamment cette boutique de masques où je suis entrée le premier jour, attirée par la vitrine. À Venise, on fait très vite une indigestion de masques, de dorures, de paillettes et de verre de Murano. Mais cette vitrine-là m’avait frappée par la sobriété de certains modèles. J’y suis revenue plus tard acheter un masque en cuir représentant une feuille morte. Mais le modèle qui m’a le plus marquée, même si je ne me voyais pas l’acheter, était une splendide Méduse stylisée : un visage entouré de longs serpents de cuir vert. Peut-être le masque le plus original que j’aie vu dans tout Venise, et j’en ai vu beaucoup. Y compris le fameux masque de Guy Fawkes popularisé par V pour Vendetta et le collectif Anonymous, et qui s'invitait dans de nombreuses vitrines.

 

 

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Dans la même rue, pour m’abriter d’une averse le premier jour, je suis entrée dans une librairie qui possédait un rayon de fantasy et de bit-lit. Au milieu des traductions italiennes de Twilight et autres Trône de fer, j’ai bien ri en tombant sur Capture de Kelley Armstrong, que j’ai traduit il y a quelques années et qui est publié en Italie par les éditions Fazi. Il doit y avoir un signe, reste à savoir lequel.

 

C’est à Cannaregio que j’ai pris le plus de photos nocturnes, toujours le même quai vers lequel je revenais sans cesse. Je suis revenue y contempler la route de Mestre le dernier soir, adossée au mur de l’université déserte. Et mon regard sur les lieux n’était déjà plus le même.

 

 

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Par Mélanie Fazi - Publié dans : Photos
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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 22:54

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Chaque fois que je passais par Murano ou par le quai nord au niveau de Fondamente Nove, mon regard était attiré par le cimetière San Michele. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de contempler dans la vraie vie L’Île des Morts de Böcklin. La ressemblance est frappante : la couleur des murs qui entourent le cimetière, les arbres hauts qui en dépassent, et l’idée même d’un cimetière sur l’eau. Après être arrivée plusieurs fois sur place après l’heure de fermeture, j’ai réussi à y entrer le dernier jour. Je ne m’étais pas rendu compte qu’il devient difficile, passé un certain âge, de visiter un cimetière comme un simple lieu touristique. On y apporte ses propres fantômes, ses propres souvenirs, surtout lorsqu’ils sont tout récents. Il a fallu par-dessus le marché que j’y croise un enterrement, et que je tombe dès mon arrivée sur l’aile où sont enterrés les enfants, avec des rangées de photos de gamins en bas âge parfois assez récentes. Ça n’a pas été une visite paisible, mais c’est sans doute le plus beau cimetière où je sois jamais entrée. Le cœur est une sorte d’immense jardin où les tombes fleuries s’alignent à perte de vue. L’endroit m’a rappelé un passage du Rossignol d’Andersen, où le rossignol trompe la Mort en chantant « le cimetière où poussent les roses blanches, où le sureau embaume, où l'herbe fraîche est arrosée par les larmes des survivants. La Mort eut la nostalgie de son jardin et se dissipa comme un froid brouillard blanc par la fenêtre. »


J’ai été étonnée, déçue et franchement agacée par le nombre de touristes que j’ai vu entrer à San Michele appareil photo en main, alors qu’une pancarte affichée sur la porte l’interdisait clairement. L’un d’eux m’a demandé de le prendre en photo, j’ai refusé. Je ne suis pourtant pas la dernière à mitrailler en voyage, mais l’endroit appelle au recueillement et j’ai trouvé choquant de le voir traité comme un simple lieu touristique. Ne serait-ce que par respect, sinon pour les morts, au moins pour les vivants dont les proches sont enterrés là.

 

 

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  • Mélanie Fazi
  • Rêves de cendre - Blog de Mélanie Fazi
  • 29/11/1976
  • Dunkerquoise de naissance, Parisienne d'adoption, traductrice de métier, auteur de nouvelles et romans fantastiques et grande fan de musique devant l'éternel.

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