Je m’apprêtais à remercier les gens pour leurs commentaires et messages divers concernant le cambriolage de vendredi et à dire qu’on se remettait finalement assez vite de ces choses-là, mais j’avoue que je fais un peu moins la fière aujourd’hui. Globalement, ça va, je m’étonne de ne pas angoisser plus que ça, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir une appréhension chaque fois que je m’absente, puis chaque fois que je rentre chez moi. Je n’ai l’esprit tranquille qu’après avoir constaté que la porte est intacte, l’appart toujours rangé et qu’il n’y a personne à l’intérieur. Curieusement, je flippe plus en journée qu’en soirée, parce que ça s’est passé pendant les horaires de bureau. Comme le cambrioleur est passé par la fenêtre de la cuisine, qui ferme mal, l’absence de dégâts matériels aide à digérer l’incident : depuis que j’ai tout rangé, j’ai presque l’impression que ce n’est jamais arrivé. Il n’y a que l’absence des appareils photos pour me prouver que si. Maintenant que je ferme mes volets métalliques en sortant, je sais qu’un autre cambrioleur ne pourrait passer que par la porte – et je tourne un peu en boucle sur cette question depuis hier : "Quel effet ça fait quand on retrouve sa porte fracturée ?" Ça doit être beaucoup plus violent. Je me rends compte que j’ai eu beaucoup de chance. Et c’est le genre de circonstances où les gens vous surprennent agréablement. J’ai été très touchée par certaines réactions dans mon entourage. Entre autres, par le geste de mes parents qui m’ont proposé de remplacer mon appareil photo. Je n’aurais sans doute pas fait la démarche toute seule, pas tout de suite en tout cas.
Avant de proposer un intermède musical – assorti de photos prises avec le G9 disparu – je voulais signaler que Francis Berthelot, dont je parlais tout récemment ici, participe à une interview en ligne sur le forum ActuSF pour parler de son roman Le petit cabaret des morts et de plein d’autres choses. Il répond aux questions des internautes jusqu’à mercredi inclus et ça se passe ici.
Pour commencer la page musicale du jour, bref retour en arrière. Début 2007, je tombe en arrêt en visitant un peu par hasard la page MySpace de Jesse Sykes & The Sweet Hereafter, totalement scotchée par la voix étrange et irréelle de la dame. Moins de cinq minutes plus tard, j’ai commandé l’album Like, love, lust and the open halls of the soul. Le temps qu’il arrive chez moi, c’est dans des circonstances particulières : j’ai été pas mal chamboulée par le décès d’une personne qui n’était pourtant pas un proche, et cet album devient la bande-son des deux semaines de cogitations intenses qui s’ensuivent (et qui ont nourri la dernière nouvelle de Notre-Dame-aux-Ecailles, intitulée "Fantômes d’épingles"). L’ambiance méditative de cette musique collait parfaitement à la gravité du moment. C’est peut-être pour cette raison qu’il m’arrive souvent de le réécouter en période de déprime : je trouve une chanson comme Eisenhower Moon particulièrement apaisante.
Une semaine après avoir reçu l’album, je fais quelque chose que je n’avais pas fait depuis longtemps, sur un coup de tête. Sans trop savoir qui tient la page MySpace du groupe, j’envoie un message qui dit en substance : cet album vient à peine d’entrer dans ma vie mais il compte déjà énormément. Je reçois un peu plus tard un mail très gentil de Jesse, visiblement touchée par le message. Suivent deux trois échanges de mails, une ou deux conversations rapides après des concerts. Quand je commence à participer un peu aux sessions Cargo, l’idée d’en proposer une à Jesse s’impose assez vite. Première tentative ratée en mai de cette année, deuxième en octobre. De fil en aiguille, on se retrouve à vadrouiller à quatre dans les allées du Père-Lachaise un mercredi après-midi – Jesse, Renaud du Cargo, Julien du label Fargo et moi. L’idée vient de Jesse que la perspective de jouer dans ce cimetière a l’air de bien éclater. Comme elle le dit sur le ton de la blague alors qu’on passe la chercher à son hôtel, la mort est un thème central de ses chansons.
Les trois qu’elle a choisi d’interpréter ne font pas partie de celles que j’aurais attendues, et aucune n’est tirée de Like, love, lust qui est pour moi, et de très loin, le meilleur des
trois albums du groupe. Mais elles collent magnifiquement au décor. Pour être honnête, je n’étais pas sûre au départ que ça donnerait une session intéressante, ne serait-ce que parce que ses
concerts sont vraiment en dents de scie. Mais du fait qu’elle jouait seule et en acoustique, sa voix a pris une ampleur intéressante, presque surnaturelle. On était quatre dans le cimetière quasi
désert et Jesse chantait au milieu des morts. Moi qui étais frustrée de galérer autant pour la photographier en concert – elle est très photogénique mais toujours mal éclairée –
j’étais ravie de pouvoir le faire à la lumière du jour, et dans ce décor-là. Je suis contente d’avoir ces photos comme souvenir d’un moment assez précieux : pour l’enthousiasme de
Jesse, la façon dont elle s’est prêtée au jeu, mais aussi pour une conversation qu’on a eue sur le trajet du retour à l’hôtel, très naturellement, la première fois que j’avais
l’impression de vraiment dialoguer avec elle et de combler les blancs de nos quelques échanges de mails rapides. Avant ça, je n’arrivais pas vraiment à faire le lien entre le personnage que je
devinais derrière la musique, dont la voix suggère une impression de sagesse et de gravité, et la personne que j’avais rencontrée, cette Jesse toute speed qui courait partout,
parlait très vite et s’enthousiasmait tout le temps. La session m’a permis de faire ce lien.
Voici un premier extrait, les deux autres sont disponibles sur Dailymotion en attendant leur mise en ligne imminente sur le Cargo, où seront aussi
publiées mes photos (je remplacerai les liens quand ce sera fait).
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Ou décider, après avoir bien avancé le boulot de la journée, de réessayer une recette de biscuits de Noël déjà
testée l’an dernier, avec quelques variantes – j’ai laissé tomber la fleur d’oranger, pas très pratique à manipuler vu qu’elle modifiait la consistance de la pâte, pour tenter une version
citron/gingembre, en plus des versions cannelle et quatre épices déjà testées l’an dernier. L’avantage des recettes saisonnières, c’est qu’en un an, on a le temps d’oublier pourquoi on les avait
laissées tomber depuis. En l’occurrence, passer plus d’une demi-heure à pétrir de la pâte qui s’émiette à répétition ou qui vous colle aux doigts, c’est sportif. En même temps, on peut vraiment
dire que c’est du fait main. Il ne manque plus qu’une tasse de thé de Noël avec les petits gâteaux pour me sentir tout infusée de l’esprit des fêtes (en espérant que l’esprit en
question aura la bonne idée de ne pas me rendre visite en trois exemplaires passé/présent/futur façon Dickens, mais ceci est une autre histoire).
La minute narcissique du jour : c’est la deuxième fois que je me retrouve à faire de la
figuration, aussi furtive soit-elle, dans une session Cargo et ça me fait bien marrer. La première fois, c’étaient deux secondes dans une des vidéos de la session This Is The Kit
(
Au cours de la session, Howe Gelb invite une de ses choristes de cette tournée, la
canadienne Lucie Idlout, pour lui demander de l’accompagner sur un des titres, puis propose carrément qu’elle nous joue une de ses chansons. Au lieu de trois titres comme prévu,
Renaud en a donc filmé quatre. J’ai toujours eu de Gelb l’image d’un type imprévisible dont les albums comme les concerts peuvent être aussi intenses que
brouillons, mais aussi celle d’un passeur de talents. Giant Sand n’existe pas réellement en tant que groupe, c’est plutôt une formation à géométrie variable qui s’articule autour
de Howe Gelb et de sa musique. C’est justement ce que je retiens de cette session autant que du concert : sa manière de mettre en avant les membres de son groupe, qui
assuraient également la première partie avec leur propre répertoire. La rencontre avec Lucie Idlout a été un joli moment. J’ai beaucoup aimé sa voix, l’énergie qu’elle insuffle à
des chansons folk autrement assez classiques, et aussi son côté espiègle pendant le concert – elle a passé cinq bonnes minutes, pendant l'un des rappels, à filmer ou photographier le public avec
un appareil numérique. En descendant du bus, je lui ai soutiré deux photos posées, un peu timidement, ce que je n’avais pas osé faire avec Howe Gelb – lequel avait de toute façon
disparu dans la nature pendant que Renaud filmait Lucie.
La session ne donne pas forcément une idée précise de ce que peut être la musique de Giant
Sand, qui est de toute manière assez difficile à cerner d’après ce que j’en connais. J’accroche une fois sur deux, mais quand les albums sont aussi bons que le sublime Chore of
enchantment (tendance mélancolique) ou que Is all over the map (tendance plus éclectique et énergique), on touche au grandiose. Plus le temps passe, plus j’écoute Giant
Sand et mieux je comprends comment quelqu’un comme John Parish peut éprouver une telle admiration pour Howe Gelb. Je garde de cette session le souvenir
d’un moment un peu plus froid que ce que j’ai pu vivre lors de sessions précédentes – avec Jesse Sykes notamment, que j’ai eu l’impression de redécouvrir ce jour où on l’a filmée
au Père-Lachaise (la vidéo sera bientôt en ligne). Mais je suis vraiment ravie d’avoir partagé ce moment-là avec Renaud et Cathy.
Alors voilà, j’ai 32 ans. J’ai déjà entendu dire par des gens plus âgés que moi que la décennie 30-40 était celles qu’ils avaient préférée. Je ne peux pas en dire autant pour
l’instant. C’est vrai qu’on se sent plus serein passé la trentaine, on se connaît mieux et on sait mieux vers quoi on se dirige. En contrepartie, on n’a plus forcément cette énergie de la
vingtaine qui poussait à aller de l’avant, on commence à se demander ce qu’on est en train de faire de sa vie, et les problèmes non résolus prennent de plus en plus de place. Moi qui ai une
tendance naturelle assez forte à l’introspection et aux questions existentielles (ne me dites pas que ça ne se voit pas dans ce que j’écris), je dois dire que la trentaine n’a pas aidé. C’était
peut-être l’effet "anniversaire imminent" mais certains vieux problèmes ont refait surface ces dernières semaines, encore plus fort que d’habitude. J’avais l’impression d’étouffer et de me
retrouver isolée sans pouvoir en parler, même quand j’étais bien entourée. Et puis j’ai fait le ménage dans ma tête lors de la semaine qui vient de s’écouler. J’ai commencé à en parler et à aller
vers les gens, et par effet boule de neige, j’ai l’impression d’avoir reçu énormément de bonnes ondes en retour. Il y a eu des moments précieux au cours de cette semaine, des échanges, des
gestes, des conversations avec des amis, qui m’ont donné l’impression de pouvoir à nouveau avancer. Du coup, j’ai abordé les 32 ans plus sereinement et je me sens beaucoup plus légère que je ne
l’étais lundi dernier.
Sinon, parmi les bons souvenirs de la semaine écoulée… Je m’apprêtais à poster un lien vers une session Cargo à laquelle j’ai assisté jeudi et dont la mise en ligne est
imminente, mais ça fera l’objet d’une prochaine entrée. Il s’agit cette fois de Howe Gelb, le big boss de Giant Sand dont j’ai déjà parlé
Et
samedi, autre événement à ne pas manquer, la dédicace de Francis Berthelot chez Scylla (8 rue Riesener, métro Montgallet) à l’occasion de la sortie de son roman Le petit
cabaret des morts. Le roman s’inscrit dans une série baptisée le "Rêve du démiurge" mais chaque roman peut être lu indépendamment des précédents, même s’ils se répondent pas un certain
nombre d’éléments récurrents. Pour ceux qui ne le connaissent pas, en plus d’être quelqu’un d’adorable qui devient carrément lyrique quand il parle de catch ou de séries télé (c’est lui qui m’a
convertie à Buffy il y a quelques années), Francis est aussi un sacré écrivain. Il écrit des choses belles et poétiques, souvent extrêmement poignantes. J’ai été très
marquée par Rivage des intouchables, qui met en scène l’apparition d’une épidémie sur une planète où cohabitent deux espèces séparées par un tabou, et derrière laquelle on ne peut que
deviner le spectre du Sida. Et aussi par Nuit de colère, et par Le jongleur interrompu dont la fin m’a tellement prise à la gorge que j’ai failli ne pas pouvoir le terminer. Il
aborde des sujets graves mais ses textes ne sont jamais pesants pour autant, et son écriture est vraiment magnifique.
Contrairement à ce que laissait sournoisement entendre RMD dans les commentaires de
l’entrée précédente, si j’avais disparu de la circulation, ce n’était pas parce que je faisais ma no-life sur la nouvelle extension de World of Warcraft. C’est parce que j’ai attendu une
bonne semaine de récupérer ma connexion chez moi (c’est désormais chose faite, je me sens plus légère). Ce qui ne m’a pas empêchée de faire ma geek et d’emporter ladite extension pour l’installer
chez mes parents. Je suis moins accro à WoW que je l’ai été à une époque, mais l’envie de découvrir l’extension dès le jour de sa sortie était trop forte.
Mais ce qui m’a le plus impressionnée pour l’instant dans cette nouvelle extension est venu de là où je ne
l’attendais absolument pas. Je n’avais pas spécialement l’intention de tester la nouvelle classe des "chevaliers de la mort", d’autant que l’idée de commencer un personnage au niveau 55 ne
me disait rien : ce que j’aime le plus dans ce jeu, c’est créer un personnage au niveau 1 et le regarder évoluer petit à petit. Surtout que 55, c’est à trois niveaux de l’arrivée en
Outreterre, le continent de l’extension Burning Crusade dont je ne suis pas très fan. Mais on m’a conseillé de créer un chevalier de la mort juste pour l’ambiance du
début. J’y ai passé quelques heures de jeu et je ne m’en suis pas encore remise. C’est tout simplement ce que j’ai vu de plus bluffant depuis que je joue à WoW, moins en terme de jeu que
de mise en scène et d’immersion. Pour tout joueur qui a un peu traîné du côté des Maleterres vers le niveau 55 et qui connaît les grandes lignes des faits historiques du monde
d’Azeroth, c’est particulièrement émouvant. Pour résumer grossièrement à destination des non-joueurs : on se retrouve dans la peau de l’une des créatures que l’on combattait
précédemment et on revit certains événements vus du côté obscur. Les chevaliers de la mort sont les soldats morts-vivants de l’armée que veut lever Arthas le roi-liche – on
commence donc le jeu dans une nécropole qui flotte au-dessus des Maleterres où l’on reçoit les ordres d’Arthas et de ses généraux. On nous forme à devenir une
machine à tuer, une créature chargée de répandre la désolation et la contagion du Fléau. Je ne veux pas trop en révéler pour ceux qui y joueront plus tard, mais toute cette partie est
remarquable. L’ambiance est terrible, les chevaliers de la mort ont un côté moins cartoon et plus inquiétant que les autres morts-vivants qu’on peut incarner dans le jeu, et surtout, on a moins
l’impression d’être un joueur qu’un soldat de cette armée des morts en train de semer la désolation, d’autant que le décor évolue à mesure que le plan de conquête avance, ce qui n’est pas le cas
d’habitude dans le jeu (pas dans cette façon en tout cas). Il y a une attention aux détails assez terrible. Je pense notamment à une quête toute simple où l’on nous demande d’entrer dans une
prison pour y achever un prisonnier. L’astuce, c’est qu’il y a dans cette prison un représentant de chacune des races du jeu, et le prisonnier désigné appartient à la même race que le joueur et
tente de le raisonner. Ma chevalière à moi étant une trollesse, on lui a fait exécuter un troll. Je ne sais pas pourquoi mais ça fait partie des détails auxquels j’ai pas mal repensé depuis,
comme à des scènes d’un film, ce qui ne m’était jamais arrivé avec ce jeu. L’autre séquence qui me tourne pas mal dans la tête est un combat suivi d’une animation, assez impressionnants en termes
de mise en scène, dont je dirai simplement qu’ils se déroulent dans un haut lieu des Maleterres que les joueurs connaissent bien.
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