Dimanche 31 août 2008


Nous sommes aujourd’hui le 31 août et ça commence à sentir sérieusement la rentrée. C’est curieux comme ça reste une période-clé même quand on est entré depuis un bail dans la vie active, qu’on travaille en indépendant et qu’on a l’impression de ne pas vivre selon le même temps que la majorité des gens (exemple tout bête, j’ai une certaine tendance oublier les jours fériés). Je vois toujours arriver septembre avec un mélange de nostalgie – l’impression de ne pas avoir profité d’un été que j’avais pourtant attendu impatiemment – et de soulagement à l’idée de sortir de cette période où pas mal de gens sont partis et où beaucoup de choses sont en pause. Cette année, j’ai l’impression de me traîner sans savoir si c’est cette ambiance de fin de vacances qui me pèse ou si je n’ai pas fini de récupérer de mon mois de juillet assez crevant. En matière de grosse flemme, je bats des records ces jours-ci. Du coup, je ne sais pas si j’appréhende les deux mois à venir ou si je m’en réjouis (je sais, je suis compliquée). Les amis sont rentrés, je suis retournée traîner chez Scylla pour la première fois depuis un bail, je reprends les salons dans trois semaines et les concerts peu de temps après. J’espère juste que le rythme sera un peu moins soutenu qu’au printemps et en début d’été, j’étais vraiment à plat fin juillet.

 

Les salons, donc. Mon planning des mois à venir ressemble pour l'instant à ça :

 

20 et 21/09 : Le Livre sur la Place, Nancy

27 et 28/09 : Festival de Liévin (http://www.salondulivrelievin.fr/2008/)

04/10 : Peut-être un petit quelque chose à Paris, à confirmer

11 et 12/10 : 25ème heure du Livre, Le Mans

18/10 : Signature en librairie à Reims, détails à venir

08 et 09/11 : Un autre salon normalement, à confirmer

13/12 : Salon de Sèvres

  

Je passerai sans doute aussi aux Utopiales de Nantes (d’autant qu’il se peut qu’y soit présenté un projet intéressant qui me concerne en partie, j’en reparlerai si ça se confirme). Pour le 18 octobre à Reims, il s’agit d’une signature organisée avec un autre camarade auteur, suivie d’une soirée qui comporterait notamment une lecture d’extraits de nouvelles. Tout ça reste à confirmer, mais j’ai commencé à farfouiller dans mes recueils à la recherche d’extraits qui passeraient bien à haute voix et qui peuvent être lus hors contexte. Je me suis entraînée pour l’instant sur des passages de « Villa Rosalie » et de « La cité travestie ». J’aimerais bien tenter « Nous reprendre à la route » mais les extraits les plus intéressants se situent vers la fin du texte, ce qui les rend plus difficiles à isoler. À propose de « Nous reprendre à la route », elle vient de paraître en anglais dans la revue Black Static, sous le titre « Back on the road ».

 

Côté écriture, les choses continuent à avancer tout doucement. En juillet, j’écrivais dans une entrée consacrée aux Dresden Dolls : « The Gardener m’obsède en ce moment comme le font les chansons qui finissent tôt ou tard par m’inspirer des nouvelles ». Deux mois et quelques dizaines d’écoutes de The Gardener plus tard, la nouvelle en question est écrite, elle s’appelle « Dragon caché », a été rédigée la semaine dernière et se trouve actuellement en cours de beta-lecture. Compte tenu de mon emploi du temps chargé de ces derniers mois, ça me sidère moi-même d’avoir réussi à enchaîner plusieurs textes que je m’étais engagée à écrire.

 

Tant que j’en suis à parler de planning de rentrée, je transmets celui de la librairie Scylla mentionnée ci-dessus (8 rue Riesener, 75012 Paris, métro Montgallet) où j’aime bien aller traîner de temps en temps entre deux pages de traduction. Pas mal de signatures prévues dans les semaines à venir :

 

15/09 à partir de 18h30 : Catherine Dufour pour son recueil L’accroissement mathématique du plaisir (Le Bélial)

19/09 à partir de 18h : Premier non-anniversaire de la librairie Ys, Clément Bourgoin apportera une sélection de livres en VO qu’il vendra pendant que les autres boiront un verre (si si, c’est annoncé dans le programme).

27/09 de 17h à 20h : Stephen Baxter précédé de 14h à 16h par l’illustrateur Alain Brion

18/10 à partir de 17h : Serge Lehman pour le recueil Le Haut-lieu (Denoël)

28/11 à partir de 17h : Christopher Priest pour Le Glamour (Denoël)

20/12 à partir de 17h : Jeanne-A. Debats pour La vieille anglaise et le continent (Griffe d’encre)

Et en préparation : Francis Berthelot, China Miéville et Lucius Shepard.
 

D’ailleurs, l’annonce de la venue de Christopher Priest me permet une habile transition pour parler cinéma, puisque c’était de son roman Le Prestige qu’était adapté le film du même nom de Christopher Nolan, dont je suis allée voir The Dark Knight qui était précédé d’une réputation alléchante. Le Prestige m’avait un peu laissée sur ma faim, sans doute parce que j’avais du mal à me détacher du roman, dont le film s’éloignait parfois un peu trop à mon goût. The Dark Knight, en revanche, a été une grosse claque. Ça doit être la première fois de ma vie que j’ai les larmes aux yeux à la fin d’un Batman (je sais, ça surprend). On a beaucoup écrit sur l’interprétation hallucinée que fait Heath Ledger du Joker, mais j’avoue avoir moins été impressionnée par son jeu (excellent, je précise) que par le rôle quasi symbolique du Joker dans le film. J’ai adoré la façon dont il se définit lui-même comme « agent du chaos » : un type sans nom, sans histoire, presque une abstraction, qui pousse si loin la folie et se détache à tel point des règles humaines que rien n’a de prise sur lui. Le chaos incarné, pour ainsi dire, qui ne commet pas le mal par vengeance ou parce qu’il a souffert mais simplement par jeu, et parce qu’il se pose ainsi en reflet inversé d’un Batman prisonnier de son obéissance aux règles. Le film y gagne une dimension sombre et tragique qui m’a fait forte impression. Je crois qu’avec le deuxième Tim Burton, c’est le Batman qui m’aura le plus marquée. D’autant que j’aime assez l’interprétation de Christian Bale (je n’étais pas convaincue par Michael Keaton que je préfère mille fois en Beetlejuice, j’ai un souvenir très flou de Val Kilmer et je n’ai pas vu la version de George Clooney).

 

Et pour conclure cette dernière entrée d’août sur une note musicale, un clip dont j’aime beaucoup l’ambiance onirique. Je reprends normalement les concerts début octobre avec le festival Fargo All Stars à la Cigale et je suis impatiente d’y revoir My Brightest Diamond. Shara Worden est mimi tout plein, gentiment allumée, elle a une voix superbe, un sacré charisme et un lien fort avec le public. Je garde un souvenir ému de son concert intense et magique au Point FMR en avril dernier. D’ailleurs, vous voyez le chapeau bleu en carton sur la photo de Cthulhu qui illustre mon blog ? C’est un de ceux que Shara distribuait ce soir-là, comme elle fêtait son anniversaire, et je le lui ai fait signer après le concert (d’autres personnes lui faisaient signer les ballons en forme de flamant rose qui décoraient la scène). My Brightest Diamond, c’est très chouette à écouter sur disque, mais c’est surtout à voir sur scène.




 
Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Mardi 19 août 2008

L'énigme du jour : je me demande bien pourquoi la fréquentation des chats des amis n'incite pas à une activité frénétique.









Surtout quand le dénommé Léo (le petit gris sur fond rouge) a la brillante idée de venir s'installer sur votre lit à peu près à l'heure où vous vous dites que tiens, ça ne serait peut-être pas bête de commencer à envisager de se lever pour bosser un peu.

Malgré la contagion de ces insidieuses ondes félines, j'ai quand même réussi à être d'une productivité assez remarquable les jours où j'ai travaillé. Et même à débloquer une idée de nouvelle autour de laquelle je tourne depuis un bail et à laquelle il ne manquait pas grand-chose pour être prête à la rédaction. Et à regarder des films (L'abominable Dr Phibes et Last Action Hero, que je voyais tous deux pour la première fois). Et à lire les trois quarts de La Dame N°13 de José Carlos Somoza qu'on m'avait conseillé lors de mon dernier passage chez Scylla (j'aime bien même si j'accroche un peu moins que prévu, mais ça me fait pas mal penser aux ambiances de Dario Argento et à son trip sur les Trois Mères). Et à bien boire et bien manger et passer de chouettes soirées avec des potes.

 

Et à photographier des chats, mais ça, je crois que ça s'est vu.

 

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Mardi 12 août 2008

 

L’un des (nombreux) avantages que présente mon quartier, c’est la proximité de Bastille et de ses trois cinémas. J’avais des envies de ciné, The Dark Knight ne sort que mercredi, je n’arrivais pas à trancher entre deux films et j’ai donc décidé sur un coup de tête de m'accorder une double séance, ce que je n’avais pas fait depuis une éternité. Ça m’a rappelé l’époque où je squattais les Arcades de Dunkerque dès 11h du matin pendant la Fête du cinéma (il faut savoir qu’entre 16 et 20 ans, j’étais très geek, j’avais très peu d’amis et je m’emmerdais beaucoup à Dunkerque).


Meilleur film de la soirée, haut la main, la séance de 20h alias Bons baisers de Bruges dont Fabrice Colin disait récemment beaucoup de bien sur son blog. J’ai tendance à aller voir la plupart des films dans lesquels joue Ralph Fiennes, même dans des seconds rôles, et j’étais curieuse de voir ce que pouvait donner un film noir se déroulant à Bruges dont je connais surtout l’aspect touristique. Ça m’éclatait encore plus de le voir une semaine après un passage à Gand, qui lui ressemble beaucoup. Le film est une très chouette surprise. On y suit un duo de tueurs britanniques dont l’un a commis une énorme boulette et qu’on envoie se planquer en Belgique. Ils font du tourisme, des rencontres, attendent les instructions de leur patron qui tardent à venir. L’intrigue progresse par sauts constants du coq à l’âne, au point qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre, mais le tout finit par former une histoire cohérente. Le réalisateur Martin McDonagh a le sens du détail incongru qui donne tout son sel à une scène : toutes les figures imposées du film noir sont là, mais il en prend presque toujours le contre-pied, ce qui donne des situations assez cocasses. Ça m’a un peu rappelé Quentin Tarantino et ses tueurs discutant de McDo et de Madonna, mais dans un registre différent. Et puis le trio d’acteurs est savoureux, Colin Farrell en tête. Ralph Fiennes, qui n’est jamais meilleur que quand il joue les tordus, est teigneux à souhait même si Farrell et Brendan Gleeson lui volent la vedette. Le film est très drôle de bout en bout, y compris lorsque les choses prennent une tournure plus sombre – on sait dès le départ qu’on est dans un film noir et une impression de tragédie imminente plane tout du long, mais rien ne s’y passe jamais comme prévu.

 

Bilan un peu plus mitigé pour Dorothy, même si le film est prenant. Je ne savais pas trop, en y allant, s'il relevait du fantastique ou du psychologique, et une partie de l’intérêt que j’y ai porté venait de là. Le film hésite longtemps entre les deux, et lorsqu’il tranche, c’est de manière logique mais un peu décevante – j’avais entrevu une autre explication possible qui me semblait cent fois plus glaçante. Mis à part ce détail et le fait que les personnages et situations soient parfois un peu stéréotypés, on se laisse vraiment prendre au jeu. Déjà, parce que le personnage de Dorothy – une adolescente accusée du meurtre d’un bébé et chez qui on soupçonne des troubles de la personnalité – est vraiment poignant, ne serait-ce que par l’étendue de la souffrance que lui fait porter toute une communauté. C’est là que le film frappe le plus fort. Sans compter qu’il aborde des thèmes dont je suis généralement assez cliente : la communauté qui protège ses secrets enfouis, le mystère dont la clé se trouve dans l’étude d’un cas psychiatrique, ce genre de choses. Dommage que la fin parte un peu en vrille avec des effets trop appuyés. J’ai été surprise d’apprendre que ce film tourné en Irlande et en langue anglaise était réalisé par Agnès Merlet dont je me rappelle avoir vu le premier long-métrage Le fils du requin il y a une bonne dizaine d’années.


And now, for something completely different (insérer générique du Monty Python’s Flying Circus)...
Je viens de voir que le site www.mondedulivre.com a mis en ligne une interview qui date de juin dernier et qui a la particularité d’être ma toute première interview vidéo, du moins de ce côté de la caméra. Parce que de l’autre, j’ai déjà donné une fois en cuisinant Eleni Mandell pour le Cargo et j’avais adoré l’expérience au point de vouloir recommencer, sauf que l’occasion ne s’est pas encore présentée. Pour la petite histoire, juste avant d’arriver dans les locaux de Bragelonne pour cette interview, je m’étais précipitée acheter un dictaphone pour enregistrer Amanda Palmer le lendemain – interview qui a failli être filmée, qui ne l’a finalement pas été, mais l’enchaînement des deux aurait été rigolo. Tout ça pour dire que maintenant que j’ai pris l’habitude de m’entendre parler, après avoir participé à des émissions de radio, je m’aperçois que c’est encore autre chose de se voir en images qui bougent. Ça fait quand même un peu bizarre. Pour info, le site compte également une interview de mon camarade Pierre Pevel, avec qui j’ai fait pas mal de signatures ces derniers temps.

Autre chose encore : je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai l’impression que le spam qu’on reçoit ces temps-ci, surtout quand on sent le passage au traducteur automatique, prend une tournure que je ne saurais qualifier que d’insolite et/ou de poétique. Sérieusement, des fois, c’est à la limite du haiku. Ça fait un moment que je me promets de recenser les perles et j’oublie à chaque fois. J’ai juste noté aujourd’hui les spécimens suivants, je cite : « Les problèmes avec la puissance ? Dès à présent ils vont disparaître » « Toujours plus d'ouverture et toutes les pilules » « Maintenant Le Cas! Enormes Penis! Ce Gros! » et mon préféré (authentique) : « Lumineux, Plein de Vin! La lutte, C'est en Vain! » Et encore, ce ne sont pas les meilleurs que j’aie vus. Si vous trouvez mieux, ça m’intéresse, je sens que je vais commencer une collection.


Je terminerai cette entrée assez décousue en signalant que dans la série des camarades qui désertent MySpace pour investir Over-blog, c’est au tour de mon collègue auteur et traducteur Lionel Davoust de s’y coller. Et ça se passe ici.

 

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Films
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Samedi 9 août 2008

 

C’est toujours bizarre, le mois d’août à Paris, surtout quand tout le monde est parti en vacances. Déjà que j’ai une très nette tendance cyclothymique ascendant introspective, cette période n’arrange pas les choses. Je suis rentrée chez moi hier et j’ai hâte de repartir mercredi passer quelques jours dans le Tarn. Je tourne un peu en rond, même si j’ai eu la chance de pouvoir voir coup sur coup deux amies pas recroisées depuis un bail (l’une parce qu’on s’était perdues de vues un moment, l’autre parce qu’elle a déménagé il y a quelques années).

 

Pour l’instant, j’ai envie de voir des amis qui sont partis en vacances et que je n’ai pas vus autant que j’aurais voulu ces derniers temps – j’étais trop occupée, eux aussi sans doute. Je ne peux pas passer chez Scylla taper la discute, la librairie étant fermée tout le mois d’août. J’ai envie de profiter de ce qui reste de l’été sans trop savoir comment. C’est curieux, mais moi qui n’avais, pendant longtemps, aucune envie de faire « comme les autres », je commence à en revenir. Après avoir découvert que je ressentais vraiment le besoin de faire relâche le dimanche, alors que je travaillais tous les jours de la semaine auparavant, je m’aperçois que j’envie les salariés qui prennent leurs vacances, surtout ceux qui partent à l’étranger ou dans des coins qu’ils ne connaissent pas, enfin de « vraies » vacances d’été dépaysantes. Vous me direz, je n’ai pas à me plaindre, j’ai eu droit à dix jours à Houston cette année. Mais quand on part en mars, il manque une coupure pendant l’été.

 

Plus bizarre encore, moi qui ai toujours été une solitaire, je m’aperçois depuis quelques semaines que l’idée de passer toute une journée sans voir personne, ou toute une semaine sans voir d’amis, me fait vraiment flipper. Je ne reste que quatre jours à Paris avant de repartir mais j’ai hâte de changer d’air et de voir du monde. Je me faisais la réflexion, il y a quelques jours, qu’on mesure le passage du temps aux amis qu’on s’est faits pendant une période donnée, à ceux qu’on a perdus de vue, ceux dont on s’est simplement éloignés et ceux avec lesquels on s’est brouillés. C’est une idée que je trouve plus déprimante qu’autre chose. Je me suis demandé également dans la foulée s’il n’y a pas un moment, vers la trentaine, où l'on commence à regarder par-dessus son épaule plutôt que devant soi. On commence à dresser des bilans, à compter « le nombre d’années depuis que » − onze ans que j’habite Paris, dix ans que j’ai écrit mon premier texte publié, huit ans que je suis entrée dans le milieu SF et que ma vie telle qu’elle est actuellement a commencé à prendre forme, X années depuis que je connais telle ou telle personne (et sur une note plus futile, deux ans que je me laisse pousser les cheveux et ce n’est pas fini, mais j’aurais cru que ça pousserait beaucoup plus vite). C'est un peu vertigineux. J’ai l’impression que c’est entre vingt et trente ans qu’on pose les bases de notre vie d’adulte et qu’on est ensuite plus ou moins sur des rails. Ça devrait être rassurant une fois qu’on s’y trouve mais ça ne l’est finalement pas tant que ça. C’est plus motivant de courir après des rêves et des projets, même sans certitude d’y arriver, que de se demander « Et maintenant ? » J’espère que c’est juste une phase et qu’on repart ensuite sur autre chose.

 

À part ça, bilan de la semaine garantie 100% sans boulot. Je n’ai pas tout à fait lu ni glandé autant que j’aurais voulu (même si j’ai enfin réussi à finir le Firestarter de Stephen King), et j’ai redécouvert les joies des grosses insomnies qui vous tombent dessus la première nuit où vous pouvez rattraper le sommeil en retard accumulé depuis des semaines – heureusement, j’ai bien récupéré ensuite. Après le séjour à Gand dont j’ai déjà parlé ici, une balade au Touquet pour admirer une expo de sculptures sur sable assez bluffante (la preuve en images), marcher dans le sable et choper le premier et seul coup de soleil de la semaine, puisque c’était le seul jour de beau temps. Et les traducteurs, c’est comme les plantes, ça a besoin de soleil pour s’épanouir. J’ai fini la saison 2 de Desperate Houseviwes que j’avais reçue pour mon anniversaire en novembre dernier (il était temps), fait tourner en boucle le DVD des Dresden Dolls que je n’avais pas encore eu le temps de regarder (surtout une inédite intitulée Pierre qui prend la forme d’un dialogue assez rigolo), feuilleté un ou deux Astérix et globalement pas vu passer le temps.

 

Reprise des activités hier : je replonge dans l’univers de Graham Joyce pour la première fois depuis la traduction des Limites de l’enchantement il y a deux ans et je tâtonne un peu pour y retrouver mes marques. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver son style. J’ai aussi une idée de nouvelle qui se précise peu à peu pour un appel à textes qui prend fin vers mi-septembre. Si j’arrive à la mener à terme, ce sera ma quatrième nouvelle de l’année, ce qui est plutôt pas mal compte tenu de mon rythme habituel (même si « Emily », vu sa brièveté, ne compte peut-être pas vraiment). Le gros du texte est en place mais l’un des personnages centraux refuse curieusement de se laisser développer, ce qui pose problème pour une partie de l’intrigue.

 

Et sinon, mon portefeuille fait la gueule. J’ai commencé à recenser les concerts intéressants à voir à la rentrée, entre les places que j’ai déjà achetées et les dates qui me font de l’œil, et c’est assez impressionnant. J’ai déjà la certitude d’aller voir les Kills, Amanda Palmer, Calexico (groupe que j'ai vu pour la première fois il y a tout juste dix ans, j'en reviens aux bilans), Suzanne Vega et deux dates du festival Fargo All Stars une pour Jesse Sykes, une pour My Brightest Diamond, tout ça rien qu’en octobre, et je suis potentiellement intéressée par dEUS, Laetitia Shériff et Phoebe Killdeer/21 Love Hotel, sans compter que les annonces de concerts ne vont pas s’arrêter là. Ça va finir par me revenir cher, tout ça, en plus de ne pas aider à se concentrer sur le boulot.

 

En attendant, je délocalise mon bureau de traductrice quelques jours dans le Tarn à partir de mercredi, histoire de changer d’air et de voir des amis. Y aura la campagne et deux chats à embêter. Je ne sais pas trop si j’appréhende la rentrée – pas envie de reprendre le rythme soutenu de ces derniers mois, pas tout de suite en tout cas – ou si j’attends impatiemment le moment où la plupart des gens seront rentrés de vacances. Dieu sait que j’adore Paris, mais c’est un peu sinistre au mois d’août.

 

  

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Mardi 5 août 2008

Quand mes parents ont lancé l'idée d'une balade en Belgique, à choisir entre Bruges et Gand, je n'ai pas hésité longtemps. D'abord parce que je n'étais jamais allée à Gand, contrairement à Bruges que j'ai déjà visitée plusieurs fois (j'étais même allée y voir un concert de John Parish dans un cinéma en 1999 – longue histoire). Ensuite parce que j'avais une certaine curiosité par rapport à cette ville, qui tient moins à la ville elle-même qu'à un livre dont elle est pour moi indissociable. Je n'espérais pas réellement tomber sur la rue où Jean Ray situe l'action de Malpertuis (je ne sais même pas si cette "rue du Vieux-Chantier" existe) mais j'y pensais forcément. Evidemment, comme on s'en est tenus aux coins les plus touristiques (le quai aux Herbes, la cathédrale Saint-Bavon où est exposé L'agneau mystique de Van Eyck), je n'ai rien vu qui ressemble aux "vieilles rues pleines d'un hautain ennui, rebelles à tous les efforts tentés pour les animer de lumière et de mouvement" décrites par Jean Ray. Pas plus que je n'ai croisé de maison qui paraisse, comme Malpertuis, "[suer] la morgue de ceux qui l'habitent et la terreur de ceux qui la frôlent". Mais c'était amusant de me dire que la maison où se déchirent les héritiers de l'oncle Cassave était là, quelque part, dans cette ville.


En feuilletant le roman pendant le trajet en voiture, je me suis de nouveau retrouvée happée par l'un de mes chapitres préférés, celui où Jean Ray présente les lieux, les personnages et pose la situation de départ : la visite familiale à l'oncle Cassave en train d'agoniser et la lecture de son testament. C'est presque un modèle de chapitre d'ouverture de roman fantastique : l'ambiance y est mise en place avec un sens du détail qui fait mouche, les personnages aux noms étranges sont tous plus vivants les uns que les autres, entre le vieil oncle mourant qui tire les ficelles, Charles Dideloo, le petit fonctionnaire grotesque, Nancy, la soeur sexy du narrateur qui ne s'en laisse pas conter, la sublime cousine Euryale aux cheveux flamboyants et aux yeux verts toujours baissés, les trois soeurs Cormélon aux allures de vieilles pies... L'ambiance pesante et glaciale de cette vieille maison flamande est quasiment palpable, et on croirait presque y sentir l'odeur des gaufres que prépare la vieille bonne Elodie dans ce premier chapitre ("et le fin parfum du beurre additionné de sucre et de cannelle"). Je ne sais pas pourquoi cette image des gaufres m'a marquée, si ce n'est que j'y associe une phrase qui m'est restée longtemps après lecture du roman : "Nancy fait sa froufroutante apparition dans la cuisine ; elle n'aime pas les gaufres et leur préfère les crêpes qu'elle déchire de ses cruelles dents blanches comme des morceaux de peau brûlante". Et puis, au milieu de cette abdondance de détails qui donnent substance et atmosphère à la maison, Jean Ray introduit de manière subtile les premiers éléments d'étrangeté.


Je pourrais parcourir sans fin ce livre à la recherche de passages où chaque phrase frôle la perfection et les relire à haute voix pour le plaisir. Ou me replonger dans les moments forts du roman dont certains m'ont laissé une impression tenace, comme l'image de Mathias Krook qu'on retrouve mort avec la tête clouée au mur et qui continue à chanter le Cantique des cantiques. Ou cette autre image, l'une des plus belles du roman : Lampernisse, l'homme de la boutique de couleurs, qui livre un combat dérisoire et sans fin contre l'ombre qui éteint les lampes qu'il passe son temps à rallumer. Personnage grotesque et tragique à la fois, que les autres prennent pour un fou mais qui est le seul occupant de Malpertuis à faire preuve de lucidité. Le seul à comprendre parfois leur nature à tous. Et quand le lecteur comprend à son tour ce dont Lampernisse se souvenait parfois, l'image devient vertigineuse. J'ai tenté de lire d'autres livres de Jean Ray, des recueils de nouvelles, sans vraiment accrocher ; mais Malpertuis reste l'un des romans fantastiques les plus forts et les plus fascinants que je connaisse.


Tout à l'heure à Gand, je n'ai pas vu Malpertuis, mais j'ai quand même trouvé un signe. Sur le toit d'un bâtiment, une statue de Poséïdon. Ceux qui connaissent Malpertuis et l'usage qu'y fait Jean Ray de la mythologie grecque comprendront l'allusion. Poséïdon ne figure pas dans le roman – mais il aurait très bien pu.


 

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Livres
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Samedi 2 août 2008

 

Mon père a toujours été un accro de la photo. Certains diront qu'il ne faut pas se demander où j'ai chopé le virus, mais bizarrement ça ne m'a prise que sur le tard. Comme mes parents sont en train de numériser tout leur stock de vieilles photos papier – et ils en ont des boîtes et des albums entiers – je me suis retrouvée dès mon arrivée à passer en revue toute une floppée de photos de moi et de ma soeur à tous les âges, et de préférence avant quatre ou cinq ans, c'est là que c'est le plus rigolo. Sans parler de l'heure passée ensuite avec ma mère à farfouiller dans les boîtes qui contiennent tout un tas de vieille photos de la famille, côté italien et côté français – les oncles, tantes, grands-oncles, grands-tantes, les innombrables cousins, à tous les âges et dans toutes les circonstances, avec en bonus les habits et les voitures qui donnent tout de suite un cachet particulier à une vieille photo (mention spéciale aux années 70 sur les photos de mes parents juste avant ma naissance, et à la notion italienne du kitsch qui mériterait un paragraphe à elle seule). Je redécouvre au passage que mon père m'avait précédée en matière de photos de concerts, puisque j'en ai trouvé une de Chantal Goya dans le tas (ça doit être mon tout premier concert d'ailleurs – ouais, je sais, mais y a prescription). Je me rends compte qu'on a vraiment grandi avec ça, ma soeur et moi : les séances diapos, les photos de vacances, les heures passées à fouiller dans ces boîtes en quête de perles cachées. C'est parfois un peu bizarre de regarder les photos de grands-oncles, grands-tantes et cousins que je n'ai pas vus depuis une éternité, comme je n'ai pas mis les pieds en Italie depuis quinze ans, ou de tomber sur celles de quelques personnes qui sont mortes prématurément, mais ceci est une autre histoire.


Je vais forcément repartir avec le stock de photos numérisées en fin de semaine, surtout qu'il y a un certain nombre de très chouettes photos dans le tas. Si vous me permettez un moment d'ego-trip en forme de voyage dans le temps (c'est bien à ça que sert un blog ?), petit échantillon de mes trouvailles du jour. Mine de rien, j'étais quand même une sacrée poseuse.

 



Vous ne trouvez pas que la deuxième a un petit côté Astérix en Hispanie ? "Puisque c'est comme ça, je vais retenir ma respiration jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose"... Par contre, je n'ai toujours pas retrouvé la photo de moi déguisée en Fantômette pendant le carnaval de Dunkerque et qui devrait bien en faire marrer certains si je retombe dessus.

Je viens justement de récupérer quelques Astérix dans la collection de mon père pour passer la soirée et je sens que je vais m'accorder une grasse matinée pas piquée des vers demain matin, histoire de récupérer un certain nombre d'heures de sommeil en retard. C'est quand même cool les vacances (même sans congés payés).


Pour terminer sur une note musicale, ces considérations iconographico-familiales prennent tout leur sel quand on les met en parallèle avec la chanson que j'ai le plus écoutée ces derniers jours. Oui, je suis encore dans mon trip Dresden Dolls/Amanda Palmer, c'est ce qui me parle le plus en ce moment pour tout un tas de raisons qui mériteraient une entrée de blog à elles seules, et j'en ai déjà écritt assez sur le sujet. C'est encore mieux avec les paroles.




 

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Mercredi 30 juillet 2008

 

Je pensais me sentir plus légère en écrivant ces lignes, mais en fait je ne me rends pas encore bien compte.

 

Je suis une traductrice libre. Et en vacances pour une semaine.

(Note : essayer de ne pas trop penser pendant la semaine à venir qu’il n’y a pas de congés payés pour les traducteurs – c’est bien le seul truc que je regrette de mon ancienne vie de salariée.)

 

J’ai donc réussi à faire la peau à Dime Store Magic dans les délais impartis. Pas que le bouquin soit énorme ou très compliqué, mais j’ai dû le traduire en accéléré pour cause de planning pas mal bousculé par les salons de ces derniers mois, entre autres choses. Dans le même temps, j’ai réussi à boucler une nouvelle dont je croyais ne jamais venir à bout. Deux mois très productifs, mais comme je n’ai pas pu faire de pause depuis un bail, et comme j’ai l’impression d’avoir passé mon temps à courir partout depuis le mois de mars, il y a longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi crevée.

 

Objectif numéro un : dormir.

Objectif numéro deux : glander.

Objectif numéro trois : ne pas penser au boulot pendant une semaine.

 

Je compte bien profiter de mon séjour familial et dunkerquois imminent pour faire tout ça, reprendre mes lectures interrompues il y a quelques semaines (Firestarter de Stephen King, les mémoires de Marianne Faithfull et quelques autres), le stock de DVD en attente (quelques Woody Allen, Desperate Housewives et un live des Dresden Dolls), peut-être profiter de la plage si le temps est un tant soit peu clément. C’est-à-dire que le temps clément, à Dunkerque, c’est plus une fiction qu’autre chose, mais la digue a son charme même par temps pourri (ce qui vaut franchement mieux pour elle).

 

Reprise des activités la semaine prochaine avec un nouveau Graham Joyce à traduire et un projet de nouvelle à essayer de développer dans les temps (là encore, c’est pour un appel à textes avec date limite).

 

Sur ce, je vous laisse, je sors prendre mon premier verre de traductrice libre. Y a des neurones qui demandent à être arrosés.

 

 

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Samedi 26 juillet 2008

Une entrée plus brève que les précédentes pour signaler que :

- Mon site est réparé, donc je viens de mettre en ligne la nouvelle dont je parlais l'autre jour. Ça s'appelle "Emily", c'est un de mes textes les plus courts (j'avais une contrainte de taille liée au support) et ça se trouve ici.

- Les photos de Tom Waits sont en ligne sur le Cargo. Pour l'anecdote, j'en avais posté quelques-unes sur Flickr et la photo sépia avec les paillettes a totalisé 100 visites hier, ce qui m'a un peu fait halluciner. Depuis que je poste des photos sur Flickr, aucune n'en avait reçu autant sur une seule journée. Même mes photos des Kills, qui m'ont ramené pas mal de monde (surtout celle-ci) étaient loin du compte. C'est d'ailleurs toujours instructif, et parfois assez rigolo, de regarder par quels tags ou quels liens les gens sont arrivés sur une photo. Me croirez-vous si je vous dis que mon tag le plus populaire depuis que j'ai ouvert ce compte, c'est "alison mosshart" sur les photos des Kills ?

A part ça, j'ai depuis hier la désagréable impression d'être un fauve qui tourne dans sa cage en attendant qu'on le laisse sortir. Bizarrement, après avoir bossé trois jours dans un nouveau contexte (et avec des gens) en début de semaine, j'ai du mal à retrouver mes habitudes de boulot normales, à savoir, rester enfermée chez moi sans voir personne. Et dans les périodes comme en ce moment où je ne peux pas me permettre de sortir avant d'avoir rendu ma traduction, c'est parfois... bizarre. Sans compter que fin juillet est toujours une période où le fauve en question a tendance à se réveiller, mais ceci est une autre histoire (il se rendort généralement début août). Enfin bref, libération dans cinq jours. Vivement mercredi soir. Note : penser à rentrer les griffes avant de sortir de la cage.

Sur ce, je vous laisse, j'y retourne.

Plus que cinq jours, plus que cinq jours...

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Vendredi 25 juillet 2008

  

C’est une chance pour vous que ce blog ne soit pas sonorisé, sinon vous m’entendriez peut-être chanter en boucle Innocent when you dream, ce qui serait problématique dans la mesure où 1) je chante comme une casserole et 2) je connais très mal les paroles. La chanson m’a tourné dans la tête pendant une bonne heure au retour du Grand Rex. Faut dire que j’ai chialé toutes les larmes de mon corps (j’exagère à peine) en entendant Tom Waits l'interpréter juste après Tom Traubert’s blues. L’intensité de la réaction me sidère d’autant plus que ce sont deux chansons que j’ai finalement assez peu écoutées – Tom Traubert’s blues parce que je la trouve particulièrement déprimante, et Innocent when you dream parce que je connais encore mal l’album Frank’s wild years.

 

S’il y a en revanche un album que je connais sur le bout des doigts, c’est bien Rain dogs (que j’écoute en ce moment même – là par contre, c’est dommage pour vous que ce blog n’ait pas le son, parce que c’est une tuerie absolue). Alors quand le bonhomme a balancé d’emblée, dès le deuxième morceau, la chanson titre entrecoupée d’extraits de l’instrumental Russian dance… C’est là que j’ai eu les larmes aux yeux pour la première fois de la soirée. Et on a eu droit plus tard à Cemetery polka. Mais si, rendez-vous compte, Cemetery polka, le morceau le plus déjanté de Rain dogs, portrait d’une famille dont tous les membres sont plus déglingués les uns que les autres – entre les oncles radins, la vieille tante cinglée qui écoute de l’opéra à longueur de journée, l’oncle dont la maîtresse portoricaine a une jambe de bois, le vieux à qui il faut faire avouer où il a planqué le fric avant qu’il perde la tête pour de bon… Je ne saurais vous dire quel effet ça me fait d’avoir entendu ce truc-là en concert au moins une fois dans ma vie.

 

Et on a eu droit à Chocolate Jesus. Et Hoist that rag. Et All the world is green. Et Get behind the mule. Et Come on up to the house en clôture. Ça fait quelque chose de se prendre en pleine gueule des morceaux qui sont des classiques pour la plupart, de comprendre réellement pour la première fois leur statut de classiques, même quand ce sont des chansons qu’on a peu écoutées soi-même, comme Innocent when you dream pour moi – ça m’a fait quelque chose d’entendre le public reprendre le refrain quand Tom Waits lui a demandé de le chanter à sa place.

 

C’est la deuxième fois de ma vie que je vois en concert une légende vivante. La première fois, c’était Patti Smith. Dans des conditions très différentes puisque c’était cette fois-là dans une salle minuscule (le Nouveau Casino), depuis le premier rang, et je me rappelle avoir passé les dix premières minutes de ce concert-là complètement tétanisée parce que j’étais à un mètre de Patti Smith, tout contre la scène, et qu’elle venait de démarrer le concert par Break it up – qui, en plus d’être une de mes chansons préférées d’elle, est aussi une chanson un peu plus vieille que moi… Accessoirement, je n’ai été tétanisée que trois fois comme ça dans toute ma vie, les deux autres fois étant celle où j’ai rencontré PJ Harvey après un concert en 2004 et celle où je suis allée à une signature de Marianne Faithfull tout récemment. Fin de parenthèse.

 

C’était forcément très différent cette fois-ci, depuis le balcon du Grand Rex. Je suis toujours frustrée quand je suis placée trop loin de la scène pour voir clairement les expressions des artistes. Même si je reconnais que la vue était bien meilleure que je ne m’y attendais. Je regrette presque de ne pas avoir dépensé les 40 euros de plus qui m’auraient permis d’avoir une place d’orchestre (mais 100 euros, c’est déjà le prix le plus élevé que j’aie jamais mis dans une place de concert). Je suis moins rentrée dans l’ambiance que si j’avais été placée devant, mais c’était quelque chose. Rien que de pouvoir me dire que j’ai vu ce bonhomme-là en concert au moins une fois… Il est aussi cabotin que je m’y attendais, parfait dans son rôle de maître de cérémonie d’un petit cirque déglingué, il en fait des tonnes, raconte des histoires toutes plus absurdes les une que les autres – j’ai adoré celle où il énumérait toutes sortes de choses illégales à Paris, comme laver une voiture avec ses sous-vêtements ou donner des cigarettes aux singes. Il jette des paillettes dans les airs, soulève des nuages de poussière quand il marche. Il gesticule, il braille, chante dans un haut-parleur pour Chocolate Jesus. Et musicalement, bien sûr, c’est à tomber par terre du début à la fin. C’est là qu’on comprend réellement à quel point ce type-là est unique, à quel point son personnage, sa musique et sa voix hallucinante ont marqué l’histoire du rock, à quel point il y a dû y avoir un avant et un après Tom Waits.

 

Je terminerai de trier mes photos demain pour les mettre en ligne sur le Cargo (edit : elles sont maintenant en ligne ici). En tout cas, moi qui me traînais en partant de chez moi tout à l’heure (je commence vraiment, mais alors vraiment à saturer côté boulot), je suis sortie de là toute guillerette avec un grand sourire aux lèvres et Innocent when you dream qui me tournait dans la tête. Je suis contente de savoir que je pourrai dire désormais : au moins une fois dans ma vie, j’ai vu Tom Waits sur scène. J’espère que ce ne sera pas la dernière.


Je vous laisse avec une vidéo de Chocolate Jesus, juste pour le plaisir. 

 



Par Mélanie Fazi - Publié dans : Musique
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Lundi 21 juillet 2008

 

J’ai vécu aujourd’hui une expérience extrêmement bizarre. J’ai travaillé dans un bureau.

 

Plus précisément, j’ai déplacé mon « espace portable de traductrice qui peut bosser n’importe où » dans un coin de bureau gracieusement prêté par une amie à qui j’avais dit récemment avoir du mal à travailler chez moi – et qui avait justement de l’espace en rab. J’ai donc eu la curieuse impression de basculer dans un monde parallèle où j’avais déjà fait de brèves incursions (un stage au Reader’s Digest en 1998, pour ce qui est de la vie de bureau, et mes trois ans de standardiste en milieu hôtelier, pour la vie de salariée). Un monde où le temps est une donnée extérieure, immuable, et non pas un truc que je fabrique moi-même en fonction de ma bonne volonté et de ma motivation du moment. Un monde où le temps s’écoule d’ailleurs différemment, beaucoup plus lentement, et où l’on est traversé de pensées telles que « tiens, il est seulement 15h » en lieu et place de l’habituel « ah la vache, il est déjà 15h, dire que j’ai encore ça, ça et ça à faire avant 18h ».

 

Autre avantage du travail en milieu burelier (© Zézette épouse X) : pas moyen de céder au gros méchant coup de barre de 14/15h, horaire stratégique s’il en est. Je ne compte pas le nombre de fois où je me suis endormie chez moi sur mes traductions au stade de la relecture papier (une des raisons pour lesquelles je vais de plus en plus souvent travailler dans les cafés).

 

J’ai peut-être l’air de faire l’andouille mais je ne blague qu’à moitié : ça m’a frappée de constater à quel point c’est une expérience de travail différente, et pourtant, ça tient à très peu de choses. Ce n’est pas juste le fait de partager l’espace d’autres personnes en train de travailler (je fais ça de temps en temps quand je rends visite à des amis traducteurs hors de Paris), mais vraiment l’impression de retrouver un monde qui fonctionne selon des règles totalement différentes et que j’avais en partie oubliées. Même le simple fait de prendre le bus pour aller travailler, le gros coup de barre qui vous tombe dessus en sortant, le fait de se dire « la journée de boulot est finie pour de bon » en quittant les lieux, tout ça m’a fait remonter pas mal de souvenirs. J’imagine que ça ferait halluciner pas mal de gens si je leur disais que tout ça m’a finalement semblé très exotique. Je n’aimerais pas revenir à ce mode de vie de manière régulière, mais une fois de temps en temps, c’est agréable. En pleine période de gros coup de speed sur la traduction de Dime Store Magic remise dans neuf jours, je suis dans les temps , ça fait du bien de passer une journée sans avoir l’impression de courir après le temps et de devoir lutter contre ma tendance naturelle à l’inertie (je préfère écrire « inertie » plutôt que « fainéantise », ça fait un peu plus classe). À ce propos d'ailleurs, bonne résolution pour le mois d'août : dès la remise de la traduction, je m'accorde des vacances. Cinq jours minimum, peut-être même une semaine. Là, tout de suite, je ne rêve que d'une journée passée à lire et à glander.

 

Dans un registre plus classique par rapport à mes habitudes de traduction : si la phase de recherches intensives sur le Net (vocabulaire, termes techniques) conduit souvent à toutes sortes de cogitations bizarres et associations d’idées improbables, ne me demandez pas comment des recherches sur des termes liés aux enterrements m’ont poussée l’autre soir à chercher des articles sur l’actrice et cinéaste Christine Pascal. À l’époque (lointaine) du lycée, j’avais adoré son film Le petit prince a dit, dans lequel un couple divorcé affronte à sa façon la mort imminente de sa petite fille atteinte d’une tumeur au cerveau. Le film avait été remarqué à l’époque pour son approche délicate, pudique et inhabituelle du sujet. J’avais aussi, voire surtout, été marquée par le décès de Christine Pascal en 1996 – apprendre non seulement sa mort, mais le fait qu’elle se soit suicidée lors d’un séjour en hôpital psychiatrique. Ça ne collait pas à l’image plutôt tranquille, et forcément superficielle, que j’avais du personnage, et j’étais encore assez jeune et naïve pour ne pas comprendre que les « gens vus à la télé » sont aussi ordinaires et aussi paumés que nous autres. Curieux comme le fait d’y repenser l’autre soir a fait remonter des souvenirs, ceux d’un été bizarre où je traînais une vague déprime sans comprendre pourquoi, où je me rappelle avoir écouté en boucle le Rid of Me de PJ Harvey en me baladant dans les rues de Dunkerque, faute d’avoir grand-chose à faire de mes journées. Et l’annonce du suicide de Christine Pascal un midi aux infos, fin août, comme un électrochoc qui m’avait bizarrement sortie de ce gros vague à l’âme juste avant la rentrée. Au cours de ma vie, il n’y a eu que trois artistes dont la mort m’a vraiment remuée (j’y ajouterais peut-être celle des actrices Katrin Cartlidge et Charlotte Coleman – la Scarlett de Quatre mariages et un enterrement – mais ce n’est pas tout à fait pareil). Dans ce cas précis, je ne sais toujours pas pourquoi, d’autant que c’est la seule des trois que je n’avais jamais vue "en vrai", les deux autres étant des musiciens vus en concert : d’abord Elliott Smith, puis Grant McLennan des Go-Betweens Grant McLennan, je l’avais aussi rencontré brièvement à deux reprises. Allez savoir si ça tient à l’attachement que j’avais pour son film, au fait qu’elle soit née comme moi un 29 novembre, ou à une histoire de rencontre ratée que je regrette avec le recul. Elle était venue à Dunkerque présenter Le petit prince a dit, je n’avais pas pu m’y rendre, je me rappelle lui avoir envoyé une lettre à l’adresse du cinéma où avait lieu la rencontre, dans laquelle je lui disais (de manière sans doute très naïve) à quel point son film m’avait touchée. Je n’ai jamais su si le courrier était arrivé à bon port et je me demande de toute façon si c’était souhaitable.

 

Et voilà comment on perd une demi-heure de boulot en faisant des recherches qui n’ont rien à voir avec la traduction en cours. Pas moyen de trouver sur le Net un extrait vidéo du Petit prince a dit. Ni des autres films de Christine Pascal, que je n’ai toujours pas vus malgré ma curiosité. Je me demande même combien d’entre eux sont disponibles en DVD. C’était vraiment très bizarre, cette demi-heure de recherches l’autre soir, comme un bond de douze années en arrière dans le temps.

 

Sur une note plus légère, j'espérais profiter de cette entrée pour annoncer la mise en ligne sur mon site d’une nouvelle très courte, « Emily », parue en mai dans le supplément spécial Imaginales de La Liberté de l’Est et de L’Est Républicain, mais je dois remettre à plus tard pour cause de bug dû au changement de serveur de nooSFere (qui héberge mon site). Les petits gars de nooSFere ont fait un sacré boulot et le nouveau site est d’une rapidité impressionnante comparée à l’ancien, mais il reste quelques petits accrocs. Dès que c’est réparé, je m’occupe de la mise en ligne de la nouvelle.

 

Et sinon, Tom Waits au Grand Rex, c’est dans trois jours.

 

  

Par Mélanie Fazi - Publié dans : Bric-à-brac
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Profil

  • : Mélanie Fazi
  • reves-de-cendre
  • : 29/11/1976
  • : Paris
  • : Dunkerquoise de naissance, Parisienne d'adoption, traductrice de métier, auteur de nouvelles et romans fantastiques et grande fan de musique devant l'éternel.

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