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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 02:23

  

C’est une chance pour vous que ce blog ne soit pas sonorisé, sinon vous m’entendriez peut-être chanter en boucle Innocent when you dream, ce qui serait problématique dans la mesure où 1) je chante comme une casserole et 2) je connais très mal les paroles. La chanson m’a tourné dans la tête pendant une bonne heure au retour du Grand Rex. Faut dire que j’ai chialé toutes les larmes de mon corps (j’exagère à peine) en entendant Tom Waits l'interpréter juste après Tom Traubert’s blues. L’intensité de la réaction me sidère d’autant plus que ce sont deux chansons que j’ai finalement assez peu écoutées – Tom Traubert’s blues parce que je la trouve particulièrement déprimante, et Innocent when you dream parce que je connais encore mal l’album Frank’s wild years.

 

S’il y a en revanche un album que je connais sur le bout des doigts, c’est bien Rain dogs (que j’écoute en ce moment même – là par contre, c’est dommage pour vous que ce blog n’ait pas le son, parce que c’est une tuerie absolue). Alors quand le bonhomme a balancé d’emblée, dès le deuxième morceau, la chanson titre entrecoupée d’extraits de l’instrumental Russian dance… C’est là que j’ai eu les larmes aux yeux pour la première fois de la soirée. Et on a eu droit plus tard à Cemetery polka. Mais si, rendez-vous compte, Cemetery polka, le morceau le plus déjanté de Rain dogs, portrait d’une famille dont tous les membres sont plus déglingués les uns que les autres – entre les oncles radins, la vieille tante cinglée qui écoute de l’opéra à longueur de journée, l’oncle dont la maîtresse portoricaine a une jambe de bois, le vieux à qui il faut faire avouer où il a planqué le fric avant qu’il perde la tête pour de bon… Je ne saurais vous dire quel effet ça me fait d’avoir entendu ce truc-là en concert au moins une fois dans ma vie.

 

Et on a eu droit à Chocolate Jesus. Et Hoist that rag. Et All the world is green. Et Get behind the mule. Et Come on up to the house en clôture. Ça fait quelque chose de se prendre en pleine gueule des morceaux qui sont des classiques pour la plupart, de comprendre réellement pour la première fois leur statut de classiques, même quand ce sont des chansons qu’on a peu écoutées soi-même, comme Innocent when you dream pour moi – ça m’a fait quelque chose d’entendre le public reprendre le refrain quand Tom Waits lui a demandé de le chanter à sa place.

 

C’est la deuxième fois de ma vie que je vois en concert une légende vivante. La première fois, c’était Patti Smith. Dans des conditions très différentes puisque c’était cette fois-là dans une salle minuscule (le Nouveau Casino), depuis le premier rang, et je me rappelle avoir passé les dix premières minutes de ce concert-là complètement tétanisée parce que j’étais à un mètre de Patti Smith, tout contre la scène, et qu’elle venait de démarrer le concert par Break it up – qui, en plus d’être une de mes chansons préférées d’elle, est aussi une chanson un peu plus vieille que moi… Accessoirement, je n’ai été tétanisée que trois fois comme ça dans toute ma vie, les deux autres fois étant celle où j’ai rencontré PJ Harvey après un concert en 2004 et celle où je suis allée à une signature de Marianne Faithfull tout récemment. Fin de parenthèse.

 

C’était forcément très différent cette fois-ci, depuis le balcon du Grand Rex. Je suis toujours frustrée quand je suis placée trop loin de la scène pour voir clairement les expressions des artistes. Même si je reconnais que la vue était bien meilleure que je ne m’y attendais. Je regrette presque de ne pas avoir dépensé les 40 euros de plus qui m’auraient permis d’avoir une place d’orchestre (mais 100 euros, c’est déjà le prix le plus élevé que j’aie jamais mis dans une place de concert). Je suis moins rentrée dans l’ambiance que si j’avais été placée devant, mais c’était quelque chose. Rien que de pouvoir me dire que j’ai vu ce bonhomme-là en concert au moins une fois… Il est aussi cabotin que je m’y attendais, parfait dans son rôle de maître de cérémonie d’un petit cirque déglingué, il en fait des tonnes, raconte des histoires toutes plus absurdes les une que les autres – j’ai adoré celle où il énumérait toutes sortes de choses illégales à Paris, comme laver une voiture avec ses sous-vêtements ou donner des cigarettes aux singes. Il jette des paillettes dans les airs, soulève des nuages de poussière quand il marche. Il gesticule, il braille, chante dans un haut-parleur pour Chocolate Jesus. Et musicalement, bien sûr, c’est à tomber par terre du début à la fin. C’est là qu’on comprend réellement à quel point ce type-là est unique, à quel point son personnage, sa musique et sa voix hallucinante ont marqué l’histoire du rock, à quel point il y a dû y avoir un avant et un après Tom Waits.

 

Je terminerai de trier mes photos demain pour les mettre en ligne sur le Cargo (edit : elles sont maintenant en ligne ici). En tout cas, moi qui me traînais en partant de chez moi tout à l’heure (je commence vraiment, mais alors vraiment à saturer côté boulot), je suis sortie de là toute guillerette avec un grand sourire aux lèvres et Innocent when you dream qui me tournait dans la tête. Je suis contente de savoir que je pourrai dire désormais : au moins une fois dans ma vie, j’ai vu Tom Waits sur scène. J’espère que ce ne sera pas la dernière.


Je vous laisse avec une vidéo de Chocolate Jesus, juste pour le plaisir. 

 



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Published by Mélanie Fazi - dans Musique
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commentaires

Patrice 29/07/2008 17:08

Salut Miss
Tres belles photos et compte rendu tres cool !
Si tu veux revivre un peu le (les) concert(s). J' ai pas mal de videos sur mon site et mon compte Youtube.
A+
Pat

Mélanie Fazi 29/07/2008 23:55


Merci beaucoup ! J'ai commencé à y jeter un oeil (et une oreille), je reviendrai m'y pencher de plus près dès que j'ai un moment.
Un peu dégoûtée d'apprendre qu'il a joué Jockey full of bourbon le 25, j'aurais bien aimé voir ça...


morgan 28/07/2008 13:36

Sympa ton CR, l'excitation est palpable :) Bon bah maintenant je regrette de ne pas avoir claqué les 100€ :/ Surtout que là je commence à rentrer un peu plus dans son oeuvre, j'avais jusqu'a présent que la compilation Asylum Years, mais je me suis désormais procuré le Mule Variations, l'Orphans, mais également le Storytellers, et le Beautiful Maladies. J'ai compris avec cet article que j'allais me jeter sur le Rain Dogs en sortant du boulot. Espérons qu'il ne mettera pas 10 ans à revenir :S à Paris. Car cette fois je les claquerais les 140€!

Mélanie Fazi 28/07/2008 18:27


En fait j'avais découvert avec Mule Variations (d'ailleurs le roman que j'ai écrit à l'époque, Arlis des forains, en est pas mal imprégné, même si je dois être la seule à le
voir). Mais j'ai eu le vrai déclic en achetant Rain Dogs en 2000... deux mois après le concert au Grand Rex. J'avais hésité à y aller, j'avais renoncé, je m'en suis mordu les doigts
pendant huit ans. ;) 

Je suis loin de tout connaître mais il y a encore peu d'albums auxquels j'adhère pleinement. En gros, Rain Dogs, Mule Variations, The Black Rider et le diptyque
Alice/Blood Money. Par exemple je trouve Swordfishtrombone très bon mais j'ai du mal à l'écouter en entier. Rain Dogs, c'est celui où l'ambiance de cirque déglingué
m'éclate le plus. J'adore en particulier la première moitié de l'album, qui est quasiment une enfilade de tubes. Cemetery Polka, donc, Jockey full of bourbon (une de mes chansons
préférées de lui), Tango til they're sore, Clap Hands... Et puis Singapore qui me donne l'impression d'entendre chanter Sylvestre le chat (à cause du cheveu sur la
langue, "We ssssssail tonight for Ssssssingapore"...). Enfin bref, que du bonheur.

Là, pour le coup, c'est une de mes nouvelles ("Serpentine") qui contient un clin d'oeil assez gros à cet album, encore faut-il savoir où le chercher. ;)


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