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Le petit plaisir du week-end : découvrir par hasard un parc à deux minutes de chez moi, devant lequel j’étais passée plusieurs fois sans le remarquer, et trouver l’endroit onirique à souhait, comme une bulle de verdure larguée entre les rails et les immeubles. Peut-être simplement parce que la machine à fabriquer des images qui donnent naissance aux histoires fait mine de se réveiller depuis quelques jours. La faute aux rails qui traversent mon nouveau quartier à plusieurs endroits et qui travaillent pas mal mon imagination. Je croise les doigts pour qu’il en sorte quelque chose dans les semaines qui viennent : j’ai trop peu écrit en ce début d’année.



Toujours est-il que le premier coup de soleil de l’année aura été pris dans ce parc en relisant Les Hauts de Hurlevent. Heathcliff, me disait récemment une amie, est un
des plus beaux méchants de toute la littérature. Je suis assez d’accord, même si je me surprends à éprouver plus de compassion pour le bonhomme que lors de ma première lecture. Je n’avais pas
compris la première fois que Heathcliff ne se vengeait pas seulement parce qu’il n’a pas pu épouser Catherine. Il se venge aussi, voire surtout, de toutes les
humiliations subies au fil des années, ce qui éclaire le roman différemment. La façon dont il transforme Hareton, le fils du frère de Catherine, en brute quasi
animale, à l’image de l’adolescent qu’il a été, est glaçante ou poignante selon les passages. C’est un des aspects du roman que j’avais totalement oubliés, mais c’est celui qui m’a le plus
frappée cette fois-ci, outre le côté extrême des personnages et des passions qui les animent, à l'image de la nature qui les entoure. Tout ça me donne des envies de me replonger dans l'histoire
de la famille Brontë, histoire de mieux comprendre quel environnement a pu donner naissance à un roman comme celui-là. Et aussi de relire Jane Eyre, dans la
foulée.
Une question subsiste : pourquoi la chanson de Kate Bush m’émeut-elle à ce point alors qu’elle adopte le point de vue du fantôme de Catherine – qui reste quand même l’un des personnages les plus insupportables du roman ?
À propos de Kate Bush, une autre chanson pour terminer le week-end. Parce qu’elle colle parfaitement à ce parc, ces rails, cette impression d’onirisme et aux images qui me tournent dans la tête depuis. Je ne peux pas vous expliquer, j’espère simplement qu’il en sortira quelques pages.
Voici une vingtaine d'années, quand j'étais encore à Lyon, je prenais le train tous les matins pour faire le pion dans une école crapoteuse. Là, assis du bout des fesses sur un banc de plastique glacé, je passais mes minutes d'attente à contempler la gerbe minérale des rails qui partaient se perdre dans toutes les directions (dans ma gare Perrache perso, c'était généralement la Bretagne, petite ou grande, la Norvège ou la Russie). Et je n'étais pas le seul à les regarder : souvent, seules parties visibles de leur anatomie dans la brume et la pénombre du petit matin, je voyais, accrochées à des barreaux que j'imaginais froids et crasseux, les deux mains d'un taulard de la prison Saint-Paul juste en face, sans doute abîmé lui aussi dans la contemplation de ces rails qui en rêve le ramenaient peut-être chez lui – ou au contraire aux antipodes.
Une taule construite juste à côté d'une gare : l'ici et le maintenant qui côtoient l'ailleurs et le demain. Les urbanistes du temps passé étaient de sacrés farceurs. Presque autant que ceux d'aujourd'hui.
Voici une vingtaine d'années, quand j'étais encore à Lyon, je prenais le train tous les matins pour faire le pion dans une école crapoteuse. Là, assis du bout des fesses sur un banc de plastique glacé, je passais mes minutes d'attente à contempler la gerbe minérale des rails qui partaient se perdre dans toutes les directions (dans ma gare Perrache perso, c'était généralement la Bretagne, petite ou grande, la Norvège ou la Russie). Et je n'étais pas le seul à les regarder : souvent, seules parties visibles de leur anatomie dans la brume et la pénombre du petit matin, je voyais, accrochées à des barreaux que j'imaginais froids et crasseux, les deux mains d'un taulard de la prison Saint-Paul juste en face, sans doute abîmé lui aussi dans la contemplation de ces rails qui en rêve le ramenaient peut-être chez lui – ou au contraire aux antipodes.
Une taule construite juste à côté d'une gare : l'ici et le maintenant qui côtoient l'ailleurs et le demain. Les urbanistes du temps passé étaient de sacrés farceurs. Presque autant que ceux d'aujourd'hui.