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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 16:14

 

Je marche toujours sur des œufs quand j’aborde ici des sujets plus sérieux qui peuvent vite tomber dans l’exagération ou l’approximation. Mais comme pas mal de gens de l’édition, je suis assez inquiète de la tournure que prennent les choses ces temps-ci dans le domaine de la culture. Le Net et la numérisation offrent des possibilités formidables, mais les risques de dérapage sont énormes, et pas forcément là où on les attendrait. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de la loi récemment votée pour la numérisation systématique d’œuvres indisponibles, ou qui souhaiteraient en savoir un peu plus, je vous renvoie à cet article qui détaille assez clairement les problèmes que pose cette loi. Ou comment une loi qui partait d’une bonne intention (rendre disponible des œuvres qui ne l’étaient plus) se fourvoie complètement dans la direction adoptée, en dépouillant au passage les auteurs de quelques droits élémentaires. Contrairement à ce que certains ont compris à tort, elle ne concerne pas uniquement de vieux livres tombés dans le domaine public et dont les auteurs sont morts depuis longtemps. Beaucoup d’œuvres récentes, parues avant 2001, sont concernées.

 

Je crois que ce qui m’inquiète le plus dans le climat actuel, c’est la confusion ambiante. À force de brandir la défense des artistes à tort et à travers pour justifier des aberrations comme Hadopi (qui n’a jamais aidé les artistes de quelque manière que ce soit, accessoirement), on finit par créer des amalgames dangereux. La levée de boucliers contre la loi mentionnée plus haut a été vue par certains comme un caprice d’auteurs pleins aux as qui cherchaient juste à s’en mettre plein les poches – ce qui fera ricaner toute personne connaissant un tant soit peu l’édition et la réalité de ce que gagnent les auteurs (c’est-à-dire trois fois rien pour la majorité d’entre eux). Depuis l’affaire Megaupload, j’ai l’impression de voir l’opinion publique évoluer dans le mauvais sens. De plus en plus de gens perçoivent le « marché de la culture » comme étant uniquement lié à de grosses sociétés accrochées à leurs privilèges. Sans penser aux innombrables petites structures ou artistes moins connus qui peinent à en vivre, et pour qui toutes ces questions ont un impact encore plus grand.

 

Le « tout gratuit » n’est pas une solution, la répression sauvage non plus. Mais il doit bien exister un entre-deux. Les habitudes de consommation ont radicalement changé depuis l’arrivée du Net, c’est désormais un fait indéniable. Il serait grand temps de revoir en profondeur tout un système devenu obsolète – mais tout semble pour l’instant évoluer dans le sens inverse. On se crispe sur des positions absurdes, on refuse de se poser les bonnes questions. Et on voit s’aggraver petit à petit la situation déjà précaire d’une bonne partie des acteurs de l’édition et du monde de la culture en général.

 

 

 

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Published by Mélanie Fazi
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Arch 04/03/2012 12:21

En tout cas même la SFWA en parle sur son site:
http://www.sfwa.org/2012/03/new-french-law-seizes-digital-rights/

Mélanie Fazi 04/03/2012 13:01



Merci pour le lien, je ne l'avais pas encore vu passer.



Gérard Eloi 26/02/2012 11:04

Bonjour Mélanie,

Il est évident que le tout gratuit est malhonnête, et que la répression sauvage n'entraîneera que fraudes et escalade.

Un juste milieu est donc indispensable tant pour l'artiste que pour les personnes qui apprécient ses oeuvres.
Si on se refère au domaine musical, on constate que la SACEM, eu égard aux sommes exigées lors de diffusions publiques, ne remplit pas correctement son rôle vis à vis des auteurs. Le problème avec
cette SACEM vient en partie du fait qu'il y aurait trop d'intermédiaires. Il faudrait donc peut-être imaginer un contact plus direct artiste-public. Un peu dans le style de medias sur le net,
Mediapart ou Arrêt sur image (@si), avec a accès grâce à un abonnement modeste.

Mais si tout se livrait par internet (où on peut déjà acheter des livres en ligne), ce serait aussi la fin du livre-papier, et la fin des librairies. Et des séances de dédicaces...Problème fort
complexe.

Bon dimanche, malgré ces questions aux réponses très difficiles...

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