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Bric-à-brac

Lundi 5 octobre 2009

De mon point de vue, le plus difficile quand on est indépendant, ce n’est pas de trouver du travail en continu, ni la question financière : c’est la gestion de la séparation travail/loisirs. Chaque jour de la semaine, chaque heure de la journée, représente potentiellement du temps de travail. Les loisirs, les week-ends, les congés, il faut au contraire prendre la décision de les fixer. En essayant d’ignorer la petite voix sournoise qui chuchote en permanence « Tu ne ferais pas mieux de bosser ? », « Tu vas te mettre en retard » ou encore « Gaffe à ne pas rentrer trop tard, tu n’arriveras pas à te lever demain ».

Je commence à peine à comprendre la nécessité de prendre le temps, régulièrement, d’obliger cette petite voix à se taire. Et de se rendre compte qu’on n’est pas une machine à cracher de la traduction, capable d’enchaîner les pages indéfiniment. Trois semaines de vacances : je ne sais pas à quand remonte le dernière fois que j’ai fait une pause si longue. A l’époque où j’étais étudiante, sans doute. Mais ça devenait vraiment nécessaire. Depuis quatre jours, je redécouvre le plaisir de passer les journées sans réfléchir en terme d’horaires, d’obligations, de nombre de pages à remplir. A quand remonte la dernière fois où j’ai pris le temps de regarder Dr House et de me revoir du Buffy après le déjeuner, de me balader en famille au Virgin de Dunkerque après le ciné et d’y acheter un CD, sur un coup de tête, juste parce qu’il me semble qu’il collera à mon humeur du moment ? (Celui de Dead Weather en l’occurrence, que j’aime beaucoup à la première écoute.)

Et puis dans quelques jours, il y aura un bref séjour à Londres. Une éternité que j’attendais l’occasion de retourner en Angleterre, qui ne se présentait jamais. Alors j’ai décidé de la prendre. Quatre jours pour me balader dans cette ville que je connais si peu malgré ma fascination pour la culture anglaise. Envie de jouer les touristes, de loger à l’hôtel, de découvrir Camden, Hyde Park (et la Serpentine, forcément), de revoir Covent Garden, de dévaliser Marks & Spencer dont le rayon Halloween me manque tellement en octobre. Envie de parler un peu anglais, aussi. Peut-être de me remettre à la photo.

Et pour la première fois depuis une éternité, me demander au début de la journée ce que j’ai réellement envie de faire, et pas simplement de combien de temps je dispose.

Autre bande-son du moment, pour faire des bonds partout, en attendant d’écouter l’album que je n’ai pas encore acheté. Enjoy.



 

 

 

Par Mélanie Fazi
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Dimanche 26 juillet 2009

 

Le juke-box du jour, parce que je suis retombée sur cette vidéo récemment et que je ne m’en lasse pas : une de mes chansons préférées de David Bowie, tirée de l’album Aladdin Sane (pas mon préféré, je suis plutôt Ziggy Stardust ou Hunky Dory, mais il contient quelques perles dont celle-ci). Et en plus, c'est de la SF.

 



 

Après cet intermède musical, une rubrique audio/autopromo. Le podcast Utopod, qui diffuse des lectures de nouvelles de SF, fantasy et fantastique, accueille cette semaine ma nouvelle « Rêves de cendre » tirée de Serpentine. Je ne l’avais pas relue depuis longtemps et ça m’a fait quelque chose de l’entendre lue par quelqu’un d'autre. C’est un texte qui me met toujours un peu mal à l’aise, moins à cause des thèmes que de ce que je lis entre les lignes, des souvenirs de l’époque où je l’ai écrit, mais j’y reste assez attachée. Il est en écoute ici. Un grand merci à Lucas Moreno pour avoir choisi ce texte, et à Sylvain Demierre qui en assure la lecture.

 

Le site ActuSF, de son côté, a mis en ligne les enregistrements du colloque sur la fantasy qui s'est tenu le mois dernier à Villetaneuse. Je participais à deux des tables rondes : sur les auteurs en marge du genre (avec Francis Berthelot, Jérôme Noirez et Pierre Pevel), et sur la traduction (avec Damien Bador, Jacques Baudou, Alain Névant et Audrey Petit). L’ensemble est en écoute sur cette page.

 

À mesure que juillet s’écoule, je constate que certains rituels ont la peau dure : n’ayant pas l’occasion cette année de choisir mes lectures de vacances (pas de congés cet été pour cause de mauvais timing), je me suis retrouvée en train de choisir soigneusement mes lectures de terrasses de café. Et la lecture d’été par excellence pour moi, c’est forcément Stephen King – comme lorsque j’avais seize ans et que je dévorais Ça ou Différentes saisons pendant les vacances. Je viens de terminer Duma Key, un très bon cru. Pas forcément très original pour qui a beaucoup lu King, mais on referme le livre avec un sentiment de nostalgie qui continue à résonner un bon moment. Le tout début est particulièrement émouvant à relire à la lumière du reste du roman. Duma Key m’a rappelé Sac d’os, où il était question d’écriture au lieu de dessin comme ici, et aussi Histoire de Lisey, pour la façon dont on entend King, en filigrane, parler de son accident d’il y a quelques années. Je lui reproche souvent de gâcher l’aspect fantastique vers la fin de ses romans, parce qu’il en dévoile trop alors qu’il suggérait avec énormément de talent jusque là, et parce que la confrontation finale est moins passionnante que ce qui a précédé. C’est vrai ici aussi, mais il y a malgré tout une poésie qui compense cette impression. Sa créature surnaturelle est plutôt convaincante, et la dernière scène fantastique est très belle. Les chapitres intercalaires consacrés à une histoire passée qui explique les événements présents sont particulièrement prenants. Et puis il y a cette phrase, tout à la fin, cette profession de foi que je trouve sublime de simplicité : « When I made pictures, I fell in love with the world. When I made pictures, I felt whole. » Je me demande toujours comment King parvient à parler aussi magnifiquement de l’acte de création. C’est une des raisons qui font de lui un de mes auteurs fétiches, dans les livres duquel je reviens me ressourcer à différentes périodes de ma vie.

 

 

Par Mélanie Fazi
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Mercredi 1 juillet 2009


Les deux semaines écoulées ont été riches en grandes premières, à plusieurs titres. Deux événements notamment expliquant l’état d’euphorie totale dans lequel je me trouvais hier matin (avant que l’euphorie en question se retrouve toute ramollie par la chaleur). Commençons par le plus récent : lundi, j’ai survécu à ma première perfusion.

 

Ne ricanez pas, c’est très sérieux.

 

Ma trouille des aiguilles et de tout ce qui y ressemble remonte à loin, je lui vois vaguement plusieurs explications dont aucune, si ça se trouve, n’est la bonne. J’ai dépassé depuis longtemps le stade où la perspective d’une prise de sang me faisait passer des nuits blanches, mais il faut encore que je me concentre très fort sur autre chose quand on me pique. J’ai d’ailleurs découvert ces dernières semaines que c’était une phobie très répandue, y compris parmi mon entourage proche. N’ayant jamais été hospitalisée, j’avais une appréhension particulière concernant les perfusions – l’idée d’avoir quelque chose de planté dans le bras de manière durable. Difficile à expliquer mais ça me paraissait tout simplement inconcevable. Il m’est souvent arrivé de me demander comment je gèrerais ça, le moment venu, si le cas se présentait, et d’être persuadée que je n’y arriverais pas.

 

Le hasard a voulu que ça se passe dans le cadre d’un examen très banal et vraiment pas méchant, mais qui se pratique sous anesthésie. En acceptant de le passer, j’y ai vu l’occasion de me colleter avec cette vieille trouille une bonne fois pour toutes, ne serait-ce que pour savoir « comment ça se passe, quel effet ça fait ». On angoisse forcément toujours cent fois plus pour ce qu’on ne connaît pas : on se fait des films toujours pires que la réalité, tant qu’on n’a pas d’expérience vécue pour restreindre le champ des possibles. Premier passage (même bref) en clinique, première perfusion, première anesthésie. Ça en faisait, des nouveautés. Je vous épargne le détail des deux semaines passées à enchaîner les coups de flip et à me faire des frayeurs en regardant Dr House (dont j’ai fini la première saison, il faut vite que je me procure la deuxième). Le plus idiot dans l’affaire, c’est que j’avais presque moins la trouille de me faire piquer que de paniquer totalement à ce moment-là – la consultation avec un anesthésiste pas hyper conciliant, à qui je demandais de m'expliquer le processus en détail pour me rassurer, n’avait pas aidé. On se sent débile de flipper pour quelque chose d’aussi anodin, surtout quand il s’agit d’un examen banal et indolore, d’un pépin de santé tout à fait mineur. Mais on a beau se raisonner, ça ne se contrôle pas.

 

Et puis voilà, c’est passé. Ce serait à refaire, j’appréhenderais quand même le moment où l’on se fait piquer, pas super agréable – mais quelques minutes plus tard, en attendant d’entrer au bloc, on s’aperçoit qu’on arrive à se détendre avec ce corps étranger planté dans le bras, qu’on peut bouger normalement, qu’on ne sent quasiment rien. Je me suis forcée à le regarder pour bien me prouver que j’en étais capable (alors que je n’ai jamais pu regarder quand on me piquait pour une prise de sang). L’anesthésie elle-même a été une expérience plutôt agréable, à peine le temps de comprendre qu’on allait m’endormir et j’étais déjà en salle de réveil, tout s’est passé en douceur. Tout ça n’a pas réglé ma trouille des aiguilles – il me reste une prise de sang en attente et j’y vais encore à reculons – mais ça a au moins réglé celle des perfusions en particulier : voilà, je sais maintenant ce que ça fait, ce n’est pas agréable mais c’est gérable. Ce qui me paraissait encore inconcevable il y a quelques jours, quand je fermais les yeux devant les nombreuses « scènes d’aiguilles » de Dr House.

 

Une autre grande première m’a aidée à attendre celle-là de manière un peu plus zen. On discutait récemment avec une amie de certains aspects de nos vies actuelles, notamment sur le plan professionnel, sur l’air de « Si on m’avait dit, à 14 ou 15 ans, qu’un jour je ferais ça… » Je me suis fait pas mal de réflexions semblables ces dernières semaines, à plus courte échelle : si on m’avait dit, il y a encore un an… Qu’à la date du 1er juillet 2009, je serais propriétaire de ce chouette appart tellement plus agréable et lumineux que l’ancien, que ce serait dans le 18ème (un coin sur lequel j’avais pas mal d’a priori), et surtout que je partagerais l’appartement en question avec un petit truc à quatre pattes qui miaule, qui ronronne et qui est tout le temps fourré sur mes genoux quand je travaille. L’idée a germé il y a trois mois, un dimanche où je rêvassais à mon futur nouvel appartement. Il y aurait de la lumière, il y aurait des plantes (j’ai commencé par du basilic, j’ai des envies de menthe et de ciboulette), et tiens, pourquoi pas un animal de compagnie ? Quelques heures plus tard, il avait pris la forme d’un chat. Ça m’a beaucoup tourné dans la tête depuis. Et fin juin, je me retrouve donc en expédition en banlieue, en réponse à une petite annonce, pour aller voir une chatonne tricolore de deux mois et demi. Quatre jours plus tard, une fois tout le matériel acheté, elle arrivait chez moi. Elle s’appelle Savannah et c’est la chatonne la plus craquante du monde – forcément, puisque c’est la mienne.

 

C’est amusant, le choix d’un nom pour un animal. Trois mois que j’y pensais régulièrement, que je dressais des listes en piochant un peu partout, dans les mythes grecs ou dans la littérature anglophone. Et puis le moment venu, c’est comme le test des spaghetti qu’on jette contre un mur pour voir s’ils collent : on jette des noms sur le chat, ceux qui paraissaient les plus probables n’adhèrent pas, et puis il y en a un qui ressort de nulle part alors qu’on l’avait abandonné (pensait-on) définitivement. Le nom d’un des personnages de la série de Kelley Armstrong que je traduis, qui se trouve aussi être le nom de la ville dans laquelle se déroule Minuit dans le jardin du bien et du mal que j’ai envie de revoir depuis quelque temps – plusieurs personnes ont pensé tout de suite à ce côté « Sud des USA » en apprenant le nom de ma chatonne. Et puis ça veut dire « savane » en anglais, très approprié pour un fauve miniature. Rapport à sa frimousse rayée, pas à son caractère : c’est une vraie peluche par ailleurs. Pourvu que ça dure.

 

C’est amusant de vivre avec un chat au quotidien. Je n’en avais encore jamais fait l’expérience. On commence à trouver nos habitudes et la cohabitation est plutôt tranquille pour l’instant. Pas encore de casse ni de réveils intempestifs, et relativement peu de coups de griffes. Elle n’aime pas beaucoup mon G9 mais j’ai réussi à prendre quelques photos à la volée. « La relève est assurée », a commenté ma mère en la voyant une plume entre les pattes. Moi qui ai toujours entendu dire que les chats sont très indépendants, je ne m’attendais pas à la voir autant en recherche de contacts et en demande d’attention – mais il paraît que ça leur passe avec l’âge.

 

Sur ce, je profite que la fauvette soit vautrée en mode carpette sur la télé (pas encore installée à sa future place) pour me remettre au travail.


 

 







Edit : Non en fait, elle est revenue s'installer sur mes genoux. Faudrait quand même que je la dresse à me rapporter le café. Oh et puis tiens, pour l'occasion, un clip avec des chats dedans.



Par Mélanie Fazi
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Lundi 18 mai 2009

Connexion au Net récupérée aujourd’hui, le téléphone a encore des ratés mais l’essentiel est là. J’ai pensé plusieurs fois poster une nouvelle entrée de blog ces derniers jours puis renoncé par flemme et/ou pour cause d’accès au Net peu pratique. L’emménagement se poursuit petit à petit. J’ai des étagères et des stores, et les cartons (de livres) pas encore défaits se comptent maintenant sur les doigts de la main. J’ai l’impression d’habiter un nouveau corps, beaucoup plus agréable et léger que l’ancien. Il paraît que ça se voit. Il paraît aussi que le nouvel appartement me ressemble beaucoup plus que l’ancien. Je me l’approprie par petites étapes. Défaire les cartons, recevoir des gens, travailler toute une journée dans le coin bureau, prendre mon premier petit déjeuner dominical à la table du salon en regardant Dr House.

 

Je ne sais pas si c’est lié au lieu mais j’ai des envies de lire ou relire des classiques de langue anglaise. Je suis en pleine redécouverte des Hauts de Hurlevent et je retrouve ma fascination pour l’histoire de la famille Brontë, ou ce que j’en connais, et pour ce roman en particulier. Je pensais que le côté excessivement sombre et sauvage du livre passerait moins bien à 32 ans qu’à 16, mais je marche toujours à fond. J’avais juste oublié que Catherine, l'ombre qui hante tout le roman même bien après qu'elle a quitté la scène, était cette garce arrogante et tête à claques. Les personnages sont tous plus tordus les uns que les autres et c’est ce qui fait tout le sel du roman. J’ai la chanson de Kate Bush qui me tourne régulièrement en tête depuis quelques jours. Normal.




 

Je ne dirai pas grand-chose des Imaginales qui sont passées en un clin d’œil : c’était la première fois que je n’y restais qu’une journée et demi. À peine le temps d’arriver, de saluer les amis et collègues, de discuter avec des lecteurs dont plusieurs habitués que j’y croise régulièrement, et hop, déjà l’heure de reprendre le train. La faute en partie à un concert que j’attendais depuis longtemps et qui avait quand même eu le bon goût de ne coïncider que partiellement avec le salon. S’il était tombé le samedi soir, ça aurait été un tout autre dilemme.





Parmi les artistes que j’admire et que j’ai beaucoup vus en concert mais que je n’avais pas encore photographiés, il y avait PJ Harvey. C’est désormais chose faite, et j’avoue que je suis toute fière du rendu de certaines photos (la série est visible ici). J’ai déjà dit ici à quel point j’attendais ces retrouvailles scéniques avec John Parish, d’autant que le groupe comptait deux autres excellents musiciens que j’avais déjà pas mal vus sur scène : Eric Drew Feldman au clavier, Jean-Marc Butty à la batterie. Il se fait trop tard pour un compte-rendu détaillé. Je dirais juste qu’entendre pour la première fois en live certains morceaux de l’album Dance Hall at Louse Point que j’ai tellement écouté depuis 1996 était particulièrement émouvant. Je pense en particulier à Urn with dead flowers in a drained pool qui a toujours été un de mes morceaux préférés de l’album, pour le son de guitare et le côté un peu chaotique de sa structure. Et que parmi les morceaux du nouvel album coécrit par PJ Harvey et John Parish, ceux qui passent le mieux sont les plus barrés (Pig will not était jubilatoire). Et que si je n’avais plus ce soir d’effet de surprise en voyant tout ce beau monde au Bataclan, ayant déjà assisté au même concert à Bruxelles jeudi dernier, je suis impatiente de les voir pour la troisième et dernière fois en une semaine (et si tout se passe bien, d’interviewer John Parish ce lundi matin). Deux concerts quasi identiques, jusqu'à l'ordre de la setlist, mais deux purs moments de bonheur.

 

 









Par Mélanie Fazi
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Jeudi 30 avril 2009



Déménagement ce samedi. Coupure d'Internet probable dès ce jeudi après-midi. A J-3, je passe mon temps à faire la navette entre les deux appartements avec l'impression que mes repères ont déjà commencé à être  chamboulés. Lundi soir, j'aurai rendu les clés du studio que j'occupe depuis neuf ans et où je ne suis déjà plus chez moi. J'ai du mal à mettre des mots sur tout ça, je sais juste que j'attends samedi impatiemment et que ce nouvel espace commence vraiment à ressembler à ce que j'imagine depuis trois mois. La peinture est terminée et rend exactement comme je l'espérais. Premiers meubles livrés ce matin. Ce qui était encore un espace vide hier commence à devenir habitable. J'ai un lit, une armoire, deux tables et des étagères. En attendant samedi, j'apprivoise le quartier tout autour.

A propos de quartier, c'est lui qui a dicté le choix de la première chanson écoutée dans le nouvel appart en attendant la livraison des meubles. Je parlais récemment avec un fan de musique pas moins geek que moi (qui se reconnaîtra s'il passe dans le coin) du rituel consistant à baptiser un nouveau logement en choisissant soigneusement la première chanson. Je pensais que ce serait Joni Mitchell ou David Bowie, finalement ça a été Ironbound de Suzanne Vega. Cette description d'un quartier new-yorkais vu sous un angle légèrement exotique (notamment à travers le détail des femmes portugaises qui fréquentent le marché) me rappelle le rapport que j'entretiens actuellement avec mon nouveau quartier. On verra ce qu'il en restera dans quelques mois, quelques années.

Reste encore le gros coup de panique des cartons à terminer. Je ne sais pas comment je vais m'en sortir en à peine 48h, mais il faudra bien.

Rendez-vous là-bas quand j'aurai retrouvé le Net, donc.





Par Mélanie Fazi
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Mercredi 22 avril 2009

Version moderne du rocher de Sisyphe ou du tonneau des Danaïdes : essayer de faire tenir toute sa collection de livres dans une série de cartons. Quand y en a plus, y en a encore. Les morts ont leurs artères, disait Clive Barker ; les livres doivent avoir leurs passages secrets. Je ne sais pas où ils se planquaient pendant tout ce temps. Et je ne veux même pas penser au déballage.


A J-10, mon appart commence à ressembler à une version cartonnée du Réseau qui envahissait la ville d'Urbicande dans la série des Cités obscures
.

 

Et je ne dois pas être aussi girlie que je le pensais, finalement : une partie déjà conséquente de ma garde-robe tient dans trois malheureux cartons. Les livres, par contre...

Par Mélanie Fazi
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Dimanche 19 avril 2009



 

Il est probable que je me fasse plus rare ici dans les semaines qui viennent. Ça fait plusieurs fois cette semaine que je repousse le moment de rédiger une entrée, alors que je passe mon temps à me dire « Tiens, je pourrais poster pour parler de ça, ça ou ça. » De Trolls et Légendes où je me suis bien amusée et où on a enchaîné les tournées de gaufres avec mes voisins Laurent Genefort et Anne Guéro (et où j’ai croisé Mad-Eye Moody et Bellatrix Lestrange tout droit sortis de Harry Potter, cf photo ci-dessus). De la saison 1 de Dr House qu’on m’a offerte récemment et à laquelle j’accroche vraiment bien pour l’instant, quoique certaines scènes ne fassent pas bon ménage avec ma phobie des aiguilles (je profite de l'occasion pour remercier mon généreux donateur s’il passe dans le coin). Du cinquième Kelley Armstrong, Haunted, qui est excellent et sur lequel je fais pas mal d’heures sup pour prendre de l’avance (en accéléré, comme j’ai très envie de connaître la suite). Du fait que j’aie finalement lâché mes lectures en cours pour me replonger dans Le cœur est un chasseur solitaire qui est aussi beau dans mon souvenir – je suis particulièrement touchée par les scènes où la jeune Mick Kelly va s’asseoir devant les maisons des autres, les nuits d’été, pour y écouter la radio et découvrir avec émotion Mozart et Beethoven, Mick Kelly qui rêve d'un piano que sa famille n'aura jamais les moyens de lui offrir. Entre parenthèses, j’ai des fringales de relectures de classique anglophones lus à l’adolescence. Je viens de me commander Les Hauts de Hurlevent. Ado, j’avais adoré la violence et la cruauté de ce roman, je me demande s’il me parlera encore autant.

 

Et à part ça, je suis officiellement propriétaire de mes nouveaux murs depuis mercredi. Je pensais que la signature chez le notaire ne serait qu’une formalité, mais c’est un moment fort qui tient beaucoup du rite de passage. Très clairement, il y a un avant et un après. L’après a consisté à retourner seule apprivoiser ces nouveaux murs totalement vides, encore sales et criblés de trous (les travaux de peinture commencent cette semaine), mais dont je peux désormais faire tout ce que je veux. Je crois que je m’y sentirai bien. J’emménage dans deux semaines. En attendant, ça commence à devenir compliqué de slalomer entre les cartons dans mon studio actuel – et pourtant, je n’ai pas encore vraiment commencé à tout emballer.

 

D’ici là, il y aura une journée chargée en dédicaces le samedi 25 avril. À partir de 15h, je participerai à l’après-midi Hot pepper’s calling organisé par Charlotte Bousquet, puis à partir de 18h à la dédicace consacrée à l’anthologie Dragons, qui vient de paraître et dans laquelle je publie une nouvelle, « Dragon caché ». Comme je suis une grosse flemme, je vous donne les liens plutôt que les détails.

 

Et puis j’ai enfin trouvé un moment pour rédiger ma chronique de l’album de PJ Harvey et John Parish, que je trouve toujours aussi excellent et qui m'épate par son audance. Elle est disponible ici sur le Cargo.

 

La chanson du jour, ce sera Lhasa, sans autre raison que le fait que je me repasse en boucle cette pure merveille qu'est La Llorona depuis trois jours. Moi qui n'ai jamais appris l'espagnol, c'est le seul album dans cette langue dont je connaisse plusieurs chansons par coeur, notamment celle-ci :


Edit : évidemment, il fallait que la chanson plante, mais vous pouvez écouter la suite ici. J'apprends à l'instant que Lhasa sort justement un nouvel album ce mois-ci. Je suis en joie.

Par Mélanie Fazi
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Mercredi 18 mars 2009

Vous connaissez les interviews de trois jours sur le forum ActuSF ? Je m'y étais collée l'an dernier (c'est encore en ligne ici) et pas mal de petits camarades se sont prêtés au jeu. ActuSF tente à partir de ce mercredi une expérience que je ne peux qualifier que d'expérimentale (je sais, c'est un pléonasme, mais je parle d'expérience expérimentale si je veux). De mercredi à vendredi a lieu la première interview online d'un auteur anglophone. En l'occurrence, Robin Hobb, auteur entre autres de la série de L'Assassin royal et de plusieurs livres publiés sous son vrai nom, Megan Lindholm (je recommande particulièrement Le Dieu dans l'ombre, soit dit en passant). Et devinez qui va jouer les traducteurs automatiques ?

Entre le décalage de traduction et le décalage horaire, j'espère qu'il n'y aura pas trop de couacs. J'étais vraiment curieuse de tenter l'expérience, n'ayant jamais rien fait de semblable. Je viens d'envoyer la traduction du premier lot de questions, la suite demain matin au petit déjeuner. Ça se passera ici même.

En attendant, pour conclure cette journée sur une note musicale : comme je viens de recevoir Little hells, le dernier album de Marissa Nadler, je vous laisse avec une de mes chansons préférées de son magnifique album précédent (Songs III: Bird on the water).


Par Mélanie Fazi
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Jeudi 12 mars 2009

Expérience amusante : c’est la première fois que je m’entends doublée en allemand. Je comprends un mot sur cinq mais je reconstitue plus ou moins le reste. C’est grâce à un coup de pouce de Vinciane qui s’y était collée avant moi (merci Vinciane !). Si j’ai bien compris le projet, mené par une étudiante allemande en journalisme installée à Paris, il s’agit d’une série de portraits de jeunes artistes qui vivent ou cherchent à vivre de leur activité artistique (dans mon cas, je triche un peu, c’est grâce à la traduction).

 

À part ça, l’heure est grave. Je viens de faire mon premier carton de livres. Un glissement spatio-temporel s’est produit aujourd’hui. Entre un passage chez le courtier pour remplir, signer et parapher avec des mentions manuscrites interminables mon offre de prêt, des coups de fil à l’agence qui me vend l’appart et la visite de celle qui me loue l’actuel, je viens voir tous mes critères légèrement chamboulés. Ça va aller plus vite que je ne pensais. Si tout va bien, je signerai avant la date butoir du 15 avril – peut-être même début avril. Et je vais sans doute pouvoir libérer l’appart actuel courant mai au lieu de début juin comme fixé par le délai de préavis. En gros, dans un petit mois, je suis propriétaire ; dans deux mois, j’aurai rendu les clés du studio. Franchement, il était temps. Les semaines à venir vont sans doute être speed, mais ce n’est pas plus mal que de jouer au yoyo entre « vivement que je me casse d’ici » et « pas envie de quitter mon quartier » en attendant que les choses avancent. Il serait temps que je me remette sérieusement en quête de meubles et surtout d’une armoire – curieusement, c’est ce que j’ai le plus de mal à trouver.

 

Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet, mais je n’ai jamais autant repensé à mon cambriolage de décembre que depuis que j’ai confirmation officielle que je m’en vais bientôt. Ça m’a frappée samedi en rentrant d’une soirée chez des amis, une grosse bouffée de haine contre mon cambrioleur quand je me suis rendu compte que j’ai encore le réflexe, en poussant la porte, de vérifier que tout est en place. Juste une fraction de seconde, mais quasiment chaque fois. Cela dit, rien à voir avec la grosse frousse du début, qui n’a finalement duré qu’une petite semaine. C’est le genre d’expérience dont on se fait une montagne avant mais qui est finalement facile à gérer quand ça nous tombe dessus. Passé les démarches et la trouille du début, ça ne laisse que des traces très diffuses. Du moins quand il n’y a pas de casse et très peu d’objets volés (même si, en l’absence d’effraction, je ne vais rien toucher de l’assurance). Le seul aspect un peu pénible, c’est la corvée des volets à fermer chaque fois que je sors et que j’ai parfois la flemme de rouvrir en rentrant. Je ne sais même pas si c’est vraiment à cause de ça que je supporte encore moins mon appart qu’avant, que je ne fais quasiment plus la cuisine, et surtout que je n’ai plus aucune envie que des gens entrent ici, même des proches qui y sont déjà souvent venus. C’est devenu une sorte de boîte hermétique, un peu étouffante, dont j’ai hâte de sortir. Détail amusant : depuis décembre, je fais régulièrement le lapsus consistant à remplacer le mot « cambriolage » par « déménagement ». J’en ai fait un moins rigolo l’autre soir en confondant plusieurs fois de suite les deux appartements, en déclarant que le nouveau était tout pourri alors que je parlais de l’ancien. Mais c’était après plusieurs bières.

 

À propos de bière et de choses qui se boivent, inauguration demain soir du Salon du Livre. J’y serai présente dimanche de 11h à 12h30, puis mardi de 19h à 21h, sur le stand Bragelonne (V-021). Je viens d’ailleurs de me rappeler qu’il y aura en dédicace chez Bragelonne un certain Terry Jones et qu’il semblerait que ce soit celui de la vidéo ci-dessous. Ça fait tout drôle.


 



Je me rappelle plutôt Terry Jones pour les sketches où il se déguise en femme, mais celui-là m’a toujours fait marrer.

 

 

Par Mélanie Fazi
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Samedi 21 février 2009

 

Depuis quelques jours, je me passe cette vidéo en fond sonore et je suis toute guillerette :





 

Demain après-midi, c'est la bande de Dunkerque, celle-là même que vous voyez sur la vidéo, et j'irai y faire un tour avec ma soeur. La bande, pour les non-Dunkerquois, c'est le carnaval en plein air, par opposition aux bals qui ont lieu le soir en intérieur. Je serais bien allée voir celle de Malo-les-Bains dimanche prochain, dont je garde un bon souvenir (une de mes tantes habite Malo, on allait souvent manger des crêpes chez elle après le carnaval) mais je serai à Bagnols-sur-Cèze, près d'Avignon, pour un salon.


Le carnaval, je ne l'ai jamais vraiment fait, à part quand j'étais petite (la preuve en images, et j'ai eu aussi un costume de Fantômette qui rend très jalouse une de mes voisines de blog qui se reconnaîtra). Quelque part, ça m'intimide : c'est profondément lié à l'identité de la ville et de la région, et je ne m'y suis jamais sentie vraiment à ma place. Mais je me suis aperçue, devenue adulte, que le carnaval fait partie des rares choses qui me rendent fière de mes origines dunkerquoises. On grandit avec, on en est imprégné même quand on n'y participe pas. Récemment, un week-end où ma soeur me rendait visite à Paris, on s'est passé un CD du carnaval et ça nous a amusées de constater qu'on avait retenu dès l'enfance pas mal de paroles sans forcément en comprendre le côté grivois. C'est du grand n'importe quoi, le répertoire du carnaval, c'est souvent assez vulgaire et au ras du caniveau, assez misogyne aussi (y a quand même une chanson qui dit "Si tu veux pas que ta femme t'emmerde, te marie pas, te marie pas") mais ça me fait vraiment marrer. Quand j'ai visité La Nouvelle-Orléans en période de carnaval, j'ai retrouvé là-bas le même esprit. Pourtant, les traditions sont différentes. A La Nouvelle-Orléans, il y a les chars, les parades, le lancer de perles, et les costumes sont réservés au jour (férié) de Mardi Gras. A Dunkerque, il y a plutôt un grand chahut costumé, les chansons, le lancer de harengs par le maire depuis l'hôtel de ville, les immenses parapluies qui émergent de la foule, les déguisements faits de bric et de broc, les "classiques" comme les zoulous ou les hommes déguisés en femmes, etc. Mais en Louisiane, j'ai retrouvé ce sentiment de voir une région vivre pendant quelques semaines au rythme des festivités. Eux aussi, là-bas, grandissent avec ça dans le sang. Des images me reviennent en vrac depuis quelques jours. Une copine de fac, carnavaleuse acharnée, qui séchait les cours chaque lundi matin après avoir enchaîné le bal et la bande et qu'on voyait revenir crevée mais contente avec des paillettes dans les cheveux. Le costume que s'était fabriqué mon cousin avec des peluches données par ma soeur et moi, et dont on n'avait plus l'utilité, qu'il avait cousues sur un grand manteau rose. Ou une autre copine de fac répondant à notre prof d'italien, qui lui demandait quel était son costume : "Je ne peux pas le dire, je fais de l'intrigue". Le principe de l'intrigue étant de se déguiser de manière à être méconnaissable pour pouvoir entre autres aller embêter incognito les gens qu'on connaît.


Enfin bref, je n'irai qu'en spectatrice, j'essaierai de prendre des photos, mais je suis impatiente. J'ai des bribes de chanson du carnaval qui me tournent dans la tête depuis une semaine.


A part ça, je viens de finir la saison 2 de Dexter. J'ai adoré mais je garde une préférence pour la précédente. La deuxième saison vaut surtout pour l'évolution du personnage, toujours aussi passionnante. Il y a d'autres aspects que j'ai trouvés un peu crispants : le personnage de Lila qu'on a envie de baffer en permanence, et aussi l'aspect brouillon du final qui part dans tous les sens et offre une solution un peu trop pratique au dilemme que se posait Dexter par rapport au respect ou non de son code. Je m'attendais à un deus ex machina, la situation étant inextricable, mais la solution choisie m'a fait tiquer. Ça reste vraiment excellent et ça me donne très envie de commencer la saison 3. Mais je n'ai pas tout à fait retrouvé l'éblouissement constant de la première saison, dont l'intrigue était en plus un modèle de construction. En règle générale, je m'intéresse beaucoup plus aux personnages et aux ambiances qu'aux intrigues proprement dites, mais il y a un plaisir particulier à voir les éléments d'une histoire magnifiquement ficelée s'imbriquer comme les pièces d'un puzzle. J'avais connu un éblouissement similaire, dans un autre genre, à la lecture du troisième Harry Potter, Le prisonnier d'Azkaban, dont l'intrigue est un modèle de construction. Et il y avait dans l'affrontement de la première saison de Dexter quelque chose de vraiment poignant, un sentiment de tragédie inévitable, qui manque un peu à la deuxième. Cela étant, je l'ai regardée avec autant de plaisir.


Et sinon, ces jours-ci, je suis une éponge et j'adore ça. James Morrow n'avait-il d'ailleurs pas démontré dans Notre mère qui êtes aux cieux que Dieu est une éponge ? Mais je m'égare. Ce que j'appelle "être une éponge", c'est entrer dans cet état d'esprit particulier où tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend cherche à s'agglutiner pour former une histoire. J'ai enfin trouvé le point de départ de la nouvelle qu'on m'a commandée. Tout s'est mis en place assez rapidement, reste à trouver quelle forme donner au dénouement. Je sais ce qui s'y passe, je sais vers quoi doit tendre tout le texte, reste à trouver comment le mettre en scène. Tout est né en musique, pour changer. Depuis l'an dernier, je suis de nouveau dans une de ces phases où chaque texte s'associe spontanément à une chanson. Le jardin des silences, c'était clairement Rodeo Town des Kills. Chanson pour la chimère, c'était Feathers de Marissa Nadler. Dragon caché, c'était The Gardener des Dresden Dolls. Cette fois il y en a plusieurs, mais elles sont liées. Je dirais simplement, ce qui ne surprendra personne, que la première graine a été semée lors du concert récent d'Amanda Palmer. En tout cas, ça fait un bien fou de retrouver cette impression de mouvement. J'espère réussir à régler très vite la question du dénouement pour me mettre à écrire. Le gros coup de barre de ces derniers temps s'éternise mais l'énergie est revenue la semaine dernière (Magné B6 est mon ami). Je crois que j'entre dans la saison de l'année la plus propice à l'écriture. Pourvu que ça dure.


 

 

 

 

Par Mélanie Fazi
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Profil

  • : Mélanie Fazi
  • reves-de-cendre
  • : Femme
  • : 29/11/1976
  • : Paris
  • : Dunkerquoise de naissance, Parisienne d'adoption, traductrice de métier, auteur de nouvelles et romans fantastiques et grande fan de musique devant l'éternel.

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